jeudi 31 mars 2016

Infos santé : Sport et Santé-Chirurgie du ménisque et auto-rééducation



Chirurgie du ménisque et auto-rééducation

Votre chirurgien a enlevé un fragment de votre ménisque cassé dans votre genou. Dans les semaines qui suivent, quelques séances de kinésithérapie sont conseillées mais l’auto-rééducation est également très utile !

Avec la collaboration d’Anne BAUMGARTNER, kinésithérapeute.

Après retrait d’une portion de ménisque interne, la reprise du sport s’effectue à l’issue de 6 à 8 semaines. Il faut ajouter une quinzaine de jours  lorsque le geste a eu lieu sur le ménisque externe. Les délais varient aussi en fonction de la taille du morceau enlevé. Les quadras et autres «séniors» mettent souvent un peu plus de temps à récupérer. Votre chirurgien vous apportera toutes les précisions adaptées à votre cas. La kinésithérapie ne doit pas être trop intensive. Elle a pour objectif principal de vous aider à reprendre du muscle sans «forcer». L’auto-rééducation y contribue et vous guide dans la reprise de vos activités. A chaque étape, les douleurs en regard du ménisque et les gonflements du genou imposent le repos. S’ils persistent, un avis médical est nécessaire.

Objectif : «réveil articulaire».
Dans les 3 à 4 jours suivant l’intervention, restez au calme. Utilisez des béquilles en cas de douleurs. Abandonnez-les rapidement.

Luttez contre l’inflammation
Si votre genou est gonflé, glacez-le au moins 3 fois 20 minutes par jour.  N’oubliez pas de protéger votre peau avec un linge, typiquement une serviette éponge. Idéalement, utilisez une vessie de glace fixée par une genouillère spécifique.

Contractez vos muscles
Souvent, votre cuisse a un peu de mal à fonctionner. Elle a été comprimée lors de l’intervention par un garrot pour éviter les saignements. Les petites cicatrices sont douloureuses et inhibent sa contraction.  Il faut la réveiller.

  • Exercice 1
Allongez-vous, placez un coussin sous votre genou. Tendez la jambe, écrasez le coussin ! Restez contracté 3 à 10 secondes, relâchez pendant la même durée. Recommencez 10 à 20 fois. Renouvelez l’opération toutes les heures … La nuit vous êtes exempté !


  • Exercice 2
Dès que possible, faites suivre l’ «Exercice 1» d’une élévation de votre membre inférieur. Tendez bien votre genou, remontez votre rotule ! Décollez doucement le talon du lit puis monter votre jambe. Restez 1 à 2 secondes en position haute. Prenez soin de freiner la descente, c’est également un très bon travail musculaire.


Bougez doucement
Au cours des 7 à 10 jours après l’opération, il faut entretenir la flexion de votre genou sans trop forcer. Ne dépassez pas l’angle droit, au risque de tirer sur les petites cicatrices situées à l’avant de votre genou.

  • Exercice 3
En position couchée sur le dos, pliez doucement votre genou. Profitez-en pour faire frotter votre talon sur le matelas. Ainsi, vous réveillez et vous faîtes travailler les muscles situés à l’arrière de la cuisse, les ischio-jambiers. Restez fléchi quelques minutes puis replacez lentement votre genou en extension. Revenez lentement genou tendu.


  • Exercice 4
Allongé sur le ventre, pliez le genou, montez le talon. Restez à angle droit quelques secondes. Redescendez doucement. Faites l’exercice environ 10 à 20 fois. Là encore, vous associez un travail de mobilité articulaire et une activité musculaire.


  • Exercice 5
Dès que vous atteignez aisément les 90 degrés de flexion, asseyez-vous sur une table. Partez genou fléchi et montez le pied, maintenez la position 3 à 10 secondes. Redescendez lentement. Faîtes 5 à 10 répétitions.


Objectif : «vie quotidienne»
Une bonne semaine après l’intervention, Vous pouvez marcher normalement. Il faut encore gagner en aisance dans les escaliers. Pour descendre sans encombre il faut fléchir à 110°.

Révisez, progressez.
Lorsque les cicatrices sont bien fermées, reprenez les exercices précédents et gagnez encore en flexion. Pour votre confort, il est urgent d’atteindre 110°. Vous récupérerez tranquillement une amplitude comparable à l’autre genou au cours du mois suivant. Attention, ces exercices se font assis ou couché, les accroupissements sont proscrits.


Travaillez en charge !
A la marche ou dans les escaliers, chaque membre inférieur propulse le poids du corps. Il faut progressivement renouer avec ces contraintes.

  • Exercice 6
Debout sur vos 2 jambes, Fléchissez légèrement les genoux. Ne dépassez pas 30 à 45 degrés. Remontez lentement. Faites ce mouvement 10 à 30 fois. Vous pouvez vous appuyez beaucoup plus voire totalement du côté sain. Ainsi, le côté opéré se fléchit et s’étend sans compression. Dans ces conditions, cet exercice peut vraiment être commencé dans les jours suivant l’intervention. Puis, progressivement, basculez votre poids sur le côté opéré. Après une petite semaine votre geste est symétrique. A l’issue d’une bonne quinzaine, vous poussez exclusivement avec le côté opéré.




Objectif : « Sport » 
Après 2 à 3 semaines, votre force musculaire est correcte, votre mobilité articulaire dépasse 110 degrés. Votre auto-rééducation va devenir sportive.

Révisez, progressez !
Vous réalisez l’ « Exercice 6 » aisément. Rebasculez un peu du côté sain mais faites le mouvement sur un matelas ou un canapé. L’instabilité augmente considérablement le travail musculaire et sollicite votre coordination. Peu à peu, selon vos sensations, mettez plus de poids sur le membre inférieur opéré.

Faites du vélo.
Pour pédaler, il faut plier le genou à 110 degrés. A 15 jours de votre intervention, vous pouvez le faire ! Profitez-en ! Avec un vélo d’appartement ou sur terrain plat, moulinez sur faible résistance. Voilà un bon rodage articulaire pour entretenir votre mobilité et mouler votre ménisque. Augmentez peu à peu les résistances. Vers 3 à 4 semaines post-opératoires, mettez vous en «danseuse ». Votre geste ressemble à celui de la course ! Après un bon mois, commencer votre séance de vélo par quelques minutes de trottinement. Augmentez peu à peu la durée et la vitesse de votre footing.

Allez en salle de sport.
Après un mois, si vous avez accès à des appareils de cardiotraining, c’est l’idéal. Le rameur vous permet de gagner en flexion en évitant la compression du poids du corps. L’elliptique ressemble à la course mais avec appuis symétriques et sans choc. Grâce au tapis, il est possible de travailler en limitant les impacts des foulées. Pour cela, mettez de la pente ! Commencez par la marche active. Petit à petit, intégrez la course sur tapis à votre séance de cardiotraining. Augmentez la durée et réduisez la pente.

Courez, jouez 
Cinq à sept semaines après votre intervention, vous pouvez courir 30 minutes aisément. Commencez à accélérer. Variez les allures. Quelques séances plus tard, terminez par des déplacements latéraux. Les footballeurs font un peu de conduite de balle, les tennismen travaillent sur le mur. Tous renouent avec les éducatifs et les séances techniques. Deux à trois mois après l’opération, vous reprenez véritablement l’entraînement. Quand vous aurez retrouvé vos sensations, si votre genou ne vous gêne plus, vous pouvez attaquer la compétition.

Une lésion du ménisque...
On trouve deux ménisques par genou. Ils ressemblent à deux petits croissants placés entre le tibia et le fémur. Ils s’écrasent et se brisent parfois quand le genou se vrille, bascule ou se fléchit fortement ! Grâce à leurs formes en virage relevé, ils participent à la stabilité du genou. Surtout, ils amortissent les contraintes et répartissent les pressions sur le cartilage. Quand le chirurgien enlève un fragment abîmé, l’emboitement de l’articulation est moins bon. Il faut patienter et proposer des contraintes très progressives pour «mouler le moignon méniscal». Le ménisque, bien que plus mince retrouve une forme adaptée. L’auto-rééducation participe à ce remodelage.





Source SantéSportMag

Infos santé-Après un infarctus du myocarde


Après un infarctus du myocarde

  • L'infarctus du myocarde, qu'est-ce que c'est ?
Le cœur est essentiellement un muscle, appelé myocarde, dont les contractions permettent de faire circuler le sang dans le corps. L’infarctus du myocarde, ou « crise cardiaque », correspond à la destruction d’une partie du muscle cardiaque quand celui-ci n’est plus suffisamment approvisionné en oxygène, par exemple lorsqu’une ou plusieurs des artères qui l’irrigue (les artères coronaires) diminuent brutalement de diamètre.
Aujourd’hui, 96 % des personnes qui font un infarctus survivent au-delà d’un mois et 89 % survivent au-delà d’un an.

  • Quels sont les signes de la crise cardiaque ?
Une douleur dans la poitrine est le symptôme le plus caractéristique de l'infarctus du myocarde : cette douleur « en étau » dure plus de 20 à 30 minutes. Elle irradie derrière le sternum, dans le dos, les épaules, la mâchoire, ainsi que dans le bras gauche. D'autres symptômes sont possibles : anxiété, sueurs, vertiges, essoufflement, par exemple. Plus rarement, certains infarctus peuvent passer inaperçus et sont découverts à l'occasion d'un électrocardiogramme pratiqué lors d'un bilan de santé.

  • Quelles sont les complications de l'infarctus du myocarde ?
Les complications de l’infarctus du myocarde sont diverses : accident vasculaire cérébral, insuffisance cardiaque chronique (70 % des insuffisances cardiaques chroniques sont dues à un infarctus), récidives (infarctus qui se répètent) et artériopathie oblitérante des membres inférieurs (les artères des jambes se bouchent).

  • Les traitements chirurgicaux de l'infarctus de myocarde
L’angioplastie consiste à introduire un tube très fin (cathéter) dans une artère au niveau de l’aine. Ce cathéter chemine dans les artères jusqu’à parvenir à l’artère coronaire obstruée. À l’extrémité de ce tube se trouve un ballonnet. Une fois parvenu dans l’artère coronaire bouchée, le ballonnet est gonflé, ce qui dilate l’artère et écrase le caillot. Le plus souvent, un petit ressort (stent) est mis en place dans l’artère afin qu’elle conserve un diamètre correct une fois le cathéter retiré.

Lorsque des troubles du rythme cardiaque subsistent malgré un traitement médicamenteux, un défibrillateur cardiaque implantable (destiné à resynchroniser le cœur en cas de contractions anarchiques) ou un stimulateur cardiaque (« pacemaker », pour régulariser le rythme) peuvent être mis en place sous anesthésie locale.

Si plusieurs artères coronaires sont rétrécies ou bouchées, le chirurgien peut procéder à un pontage : un fragment de vaisseau sanguin est prélevé, le plus souvent au niveau de la jambe, et greffé de manière à constituer une nouvelle voie d’irrigation du cœur.


  • Les médicaments prescrits après un infarctus du myocarde
Après un infarctus du myocarde, le traitement médicamenteux prescrit actuellement par les cardiologues est appelé « BASI ». Ces quatre initiales correspondent à quatre familles de médicaments : Bêtabloquants, Antiagrégants plaquettaires, Statines et Inhibiteurs de l’enzyme de conversion.

Ce traitement est mis en place progressivement après l’infarctus et adapté aux particularités de chaque patient. Il doit être pris pendant plusieurs mois, voire pour le restant de la vie. Malheureusement, il n’est pas toujours bien suivi, en particulier par les personnes âgées. Pourtant, de nombreuses études ont montré de manière certaine que ces médicaments diminuent les récidives et les complications, et améliorent la survie à long terme des patients.

  • Le suivi médical après un infarctus du myocarde
Divers examens complémentaires évaluant le fonctionnement cardiaque sont réalisés avant la sortie de l’hôpital afin de dépister une éventuelle insuffisance cardiaque provoquée par l’infarctus et d’estimer le risque de récidive ou de troubles du rythme cardiaque. Ce bilan recherche également certains facteurs qui influencent la survenue de maladies cardiovasculaires : les facteurs de risque cardiovasculaire (âge, sexe, antécédents familiaux de maladie cardiovasculaire, tabagisme, surpoids et obésité, sédentarité, diabète, excès de cholestérol).

Après la sortie de l’hôpital, le patient qui a eu un infarctus doit faire l’objet d’une réadaptation cardiovasculaire dont le but est de favoriser la récupération des capacités du muscle cardiaque et d’aider à la réinsertion socioprofessionnelle. Cette réadaptation est particulièrement importante : elle diminue en moyenne de 30 % la mortalité liée aux maladies cardiovasculaires.

  • Post-infarctus et vie professionnelle
Après six semaines de réadaptation cardiovasculaire, 95 % des personnes qui ont souffert d’un infarctus du myocarde reprennent leur activité professionnelle, parfois avec des adaptations. La cicatrisation du muscle du cœur nécessitant environ trois semaines, il est conseillé de respecter au minimum un arrêt-maladie de cette durée.

Les délais de reprise du travail sont variables, allant de quelques semaines à six mois, et dépendent du degré de récupération de l'organisme, de l'état de fatigue du patient et, bien sûr, du type d'activité professionnelle exercé.

Source : Vidal

mercredi 30 mars 2016

mardi 29 mars 2016

Billets-Le « libre choix » est-il un mythe ?


Le « libre choix » est-il un mythe ?

Tous nos choix sont-ils contraints ?
  
Le libéralisme est fondé sur le principe que les échanges économiques sont réalisés sur la base du volontariat, et que chaque acteur évalue ses options avant d’en choisir une plutôt qu’une autre. Le consommateur qui arbitre entre deux légumes au supermarché et le chômeur lors d’un entretien d’embauche sont tous les deux dans une position similaire.

Il y a ici un point fondamental à noter : personne ne prendra de décision qui lui sera défavorable. Si les légumes sont hors de prix, le prochain supermarché aura certainement des meilleurs prix à offrir. De même, si le patron n’offre qu’un euro par jour de salaire pour 50 heures de travail hebdomadaire (mettons de côté les aspects légaux pour les besoins de l’argument), le chômeur n’a aucun intérêt à se tuer à la tâche pour une telle misère, et arbitrera (légitimement) en faveur de son statut de chômeur.

Or, certains remettent en doute le fait que ce soient tous deux des « choix libres ». On me rabâche sans arrêt qu’un chômeur n’a pas vraiment le choix, même s’il a l’option de ne pas travailler, et que des contraintes financières le pousseront dans une direction plutôt qu’une autre.

Premièrement, cette rhétorique est difficilement recevable, car selon ces critères pratiquement aucun choix n’est vraiment libre. Absolument tous les choix que nous prenons au quotidien sont guidés par des contraintes, des biais ou des informations partielles. Tout comme il n’y a pas de consommateurs réellement rationnels, un choix « parfaitement libre » n’existe pas. Les choix entrainent des conséquences, et nous forcent à arbitrer entre ce que l’on a, ce que l’on peut gagner, et ce que l’on peut perdre. Si le seul choix libre disponible que nous ayons est « glace à la vanille ou au chocolat ? », c’est malheureusement une vision très restreinte du concept de libre-arbitre.

Il serait plus correct de dire que les facteurs qui poussent à prendre une décision sous la contrainte ou en toute liberté sont graduels. Pardon pour cette lapalissade, mais il y a des décisions qui sont sans conséquences, et d’autres non. Le problème est que tracer une ligne pour distinguer les deux ne saurait se faire que de façon arbitraire.
Deuxièmement, je pense que c’est aborder le problème sous un mauvais angle. Pour prendre un exemple caricatural, une personne qui décide de prendre un emploi à temps partiel mal payé n’a pas d’alternative crédible, c’est vrai. Mais il est aussi vrai qu’il y avait de bien pires options à sa portée. Ce choix nous signale une certitude, cependant : s’il y a d’autres alternatives, elles sont encore pires.

C’est la base de mon argument pour la légalisation du travail du sexe par exemple : si on part du principe que les travailleuses du sexe ne le font que par nécessité économique et manque d’opportunités, alors la dernière chose à faire est certainement de limiter ce qui est le moins pire dans la liste des choix disponibles. Quand on interdit le travail du sexe, on ne transforme pas les travailleuses en ingénieurs ultra-qualifiées capables de postuler pour des offres avec des hauts salaires. Malheureusement, on les force à descendre d’un cran dans la liste des « moins mauvaises » solutions disponibles. On les retrouve donc dans les réseaux de prostitution clandestins, dans le trafic de drogue, etc.

Je pense qu’il est aisé d’affirmer que quiconque, en situation de difficulté économique, saura évaluer ses options et prendre la meilleure, ou la moins pire le cas échéant. Et c’est précisément là où j’essaie d’en venir sur cette idée de libre arbitre : oui, on peut décider librement de prendre un travail précaire. Cela ne signifie pas libre de toute contrainte, mais cela signifie avoir la possibilité de ne pas prendre une des options pour une meilleure alternative. Les personnes en situation de précarité ne souffrent pas d’un trop plein de choix, mais d’un manque de meilleures alternatives. Se concentrer sur la régulation et l’interdiction des emplois précaires est se tromper fondamentalement sur la nature du problème : si les travailleurs et les chômeurs avaient des CDI bien payés et épanouissants à portée de main, ils ne seraient pas dans leur situation actuelle.

La nuance qui me semble cruciale ici est la possibilité à tout moment de dire « Stop », et de ne pas être contraint de prendre une décision. Il y a une différence entre devoir assumer les conséquences d’un choix, et être contraint par la menace à prendre une décision. C’est ce que je sous-entends par un libre choix : le fait que chaque partie a consenti à un accord, même s’il ne correspond pas à ce que l’un d’eux recherchait.

Photo : Choices credits Dan Moyle (CC BY 2.0)
Source contrepoints.org

lundi 28 mars 2016

Billets-Les 10 plus riches du monde


Billets-Les 10 plus riches du monde... 

Non, M. Piketty, les gens les plus fortunés ne sont pas nécessairement des parasites
  
Les 10 premières fortunes mondiales 2016 selon Forbes :

  1. Bill Gates (60 ans, 75 milliards) — Bill Gates est le fils d’un célèbre avocat et d’une femme d’affaire de Seattle. C’est au collège qu’il rencontre Paul Allen avec lequel il fondera Microsoft quelques années plus tard. Gates est donc issu d’un milieu très aisé mais sa fortune, il l’a construite seul.

  1. Amancio Ortega Gaona (79 ans, 67 milliards) — Le patron d’Inditex, plus connu pour la marque Zara, est le fils d’un cheminot et d’une femme de chambre. Il a quitté l’école vers 14 ans et  a commencé à travailler comme petite main chez un fabriquant de chemises local.

  1. Warren Buffet (85 ans, 60.8 milliards) — Le « meilleur investisseur du monde » est le fils d’un petit courtier indépendant en actions devenu membre du Congrès et le petit-fils d’un épicier du Nebraska. C’est en réinvestissant ses premiers salaires qu’il démarre sa carrière d’investisseur.

  1. Carlos Slim (76 ans, 50 milliards) — Né au Mexique d’un père et d’une mère d’origine libanaise, Carlos a eu la chance d’avoir un papa doué pour les affaires et donc de grandir dans la bonne bourgeoisie mexicaine. Il démarre sa carrière comme Buffet : en investissant ses premiers salaires.

  1. Jeff Bezos (52 ans, 45.2 milliards) — Petit-fils d’un haut fonctionnaire américain, Bezos hérite son nom de son père adoptif, un émigré cubain, ingénieur dans le pétrole. Il a donc bénéficié d’un environnement familial favorable mais surtout d’une intelligence notoirement hors normes.

  1. Mark Zuckerberg (31 ans, 44.6 milliards) — Le fondateur de Facebook, lui non plus, n’était pas à plaindre : son père était dentiste et sa maman psychiatre. Outre une éducation confortable, la seule contribution de ses parents à Facebook se limite à l’avoir inscrit à Harvard.

  1. Larry Ellison (71 ans, 43.6 milliards) — Élevé par son oncle et sa tante après avoir été abandonné par sa mère à l’âge de 9 mois, Ellison a grandi dans la classe moyenne de Chicago. Il fonde ce qui va devenir Oracle en investissant 1 200 dollars de ses économies sur un capital total de 2 000 dollars.

  1. Michael Bloomberg (74 ans, 40 milliards) — Petit-fils d’immigrés russes et fils d’un comptable, Bloomberg est issu de la classe moyenne de Boston. Après de brillantes études, il démarre une carrière chez Salomon Brothers ; c’est avec sa prime de licenciement qu’il fonde Bloomberg.

  1. Charles & David Koch (80 et 75 ans, 39.6 milliards chacun) — Les frères Koch héritent d’une belle entreprise créée par leur père. Quand Charles succède à son père, en 1967, Koch Industries génère un chiffre d’affaires de 177 millions de dollars ; aujourd’hui, c’est 115 milliards.

On cherche toujours l’héritier oisif qui s’enrichit en comptant ses doigts de pieds que nous décrit M. Piketty


Photo : Bill Gates CC Flickr Thomas Hawk

dimanche 27 mars 2016

samedi 26 mars 2016

Billets-Pourquoi l’impôt doit être neutre


Pourquoi l’impôt doit être neutre

L’impôt n’a pas à être l’instrument de la bienveillance de l’État parce que l’État n’a pas vocation à être bienveillant mais juste.


L’État-providence nous dicte désormais ce qu’il faut manger, comment se soigner, quelle orthographe nous devons utiliser… Plus généralement, il veut modeler nos comportements en utilisant l’arme fatale de l’impôt qui prend aux uns pour donner aux autres et dont sont exonérés ceux qui obéissent aux injonctions de dépenses et d’attitudes tandis que sont pénalisés les récalcitrants. Une sorte de soviétisme doux en quelque sorte, d’autant plus facilement populaire que plus de la moitié des foyers échappe à l’impôt sur le revenu qu’elle impose aux autres de payer plus ou moins selon leur docilité aux diktats de la nouvelle nomenklatura.

Cette intrusion de l’État dans la vie des individus par le biais fiscal est due en particulier à la prétention de l’État moderne à vouloir faire le bien plutôt que de se limiter à veiller au bien commun. Celui-ci consiste à permettre aux hommes, tous différents, de vivre ensemble dans le respect de règles partagées et essentielles. Le bien est, lui, du ressort des particuliers. Il est la quête ultime de l’homme. Avec l’Un, le Vrai, le Beau… il fait partie des transcendantaux que l’homme recherche sans cesse sans jamais être sûr de les connaître ni de les avoir trouvés.

Quand l’État se trompe
Et lorsque l’État se substitue aux individus pour faire le bien, il peut se tromper à leur détriment, imposer un bien qui n’en est pas un. Ce ne peut donc être qu’avec d’infinies précautions, la main tremblante, que l’État peut s’engager dans cette voie hasardeuse du bien des autres. Lorsque la loi ne veut pas seulement sécuriser la propriété, mais la répartir, non seulement protéger la vie, mais faire le bonheur de tous, lorsqu’elle veut régir les rapports entre parents et enfants, supprimer la charité au profit de la seule justice… elle prend le risque qu’à défaut de propriété garantie, tous soient plus pauvres, qu’un bonheur obligé soit le malheur de beaucoup, que les enfants ne soient plus éduqués… Car le législateur ne saurait choisir la vie et le bonheur des individus, il ne peut être parent à la place des parents, il ne saurait faire prospérer la propriété aux lieu et place des propriétaires.

« Un gouvernement qui serait fondé sur le principe de la bienveillance envers le peuple, comme celui d’un père envers ses enfants, [serait] le plus grand despotisme qu’on puisse concevoir » prévenait déjà Emmanuel Kant en 1793.

L’impôt neutre, un impératif
C’est pourquoi l’impôt doit être neutre. L’impôt n’a pas à être l’instrument de la bienveillance de l’État parce que l’État n’a pas vocation à être bienveillant mais juste. À défaut, le risque est celui d’une violence illégitime, fondée sur aucune raison. Quand l’impôt est progressif, les limites de chaque tranche deviennent vite arbitraires. Et lorsque les impositions sont trop élevées, les niches se multiplient pour les rendre supportables comme autant de privilèges accordés injustement à certains au détriment de tous les autres.

Un impôt neutre est celui qui cherche à modifier le moins possible les situations de chacun tout en demandant aux citoyens de contribuer à la charge commune « à raison de leurs facultés », c’est-à-dire en proportion de leurs revenus ainsi que le proclame la Déclaration des droits de l’homme de 1789. Des impôts neutres sont donc simples, proportionnellement égaux pour tous. Et parce qu’ils sont justes, ils sont efficaces. Une « flat tax » à 2% jusqu’ 8 000€ par part et 15% au-delà, accompagnée de la suppression de toutes les niches fiscales (hors le quotient familial et conjugal et les dons aux œuvres) rapporterait beaucoup plus que l’impôt sur le revenu actuel qui frappe certains revenus jusqu’à 64,5% !

Photo : Les collecteurs d’impôts credits Mazières (licence creative commons)
Source contrepoints.org

vendredi 25 mars 2016

Billets-Connaissez-vous votre vrai salaire ?


Connaissez-vous votre vrai salaire ?

Redonner aux salariés la totalité de leur salaire leur permettrait de mieux comprendre ce qu’on leur cache.

Le salaire brut est une fiction. Il n’y a, en matière de rémunération des salariés, que trois choses qui existent : le « superbrut » qui sort de la poche de votre employeur, le net qui arrive dans votre poche à la fin du mois et, au milieu, un ensemble de cotisations obligatoires dont un bon paquet de taxes. Le brut est une fiction parce que la distinction qui est faite sur votre bulletin de paie entre cotisations dites « salariales » et cotisations dites « patronales » n’a absolument aucune forme de réalité. Si vous faites partie de celles et ceux qui croient que les cotisations « salariales » sont payées par les salariés tandis que les cotisations « patronales » sont payées par les patrons, je ne saurais que trop vous inciter à lire cet excellent papier de Julien sur Ecopublix. C’est une fable et aucun économiste, toutes obédiences confondues, n’oserait affirmer le contraire.

Partant, la question qui se pose naturellement est de savoir par quelle sorte de miracle cette aberration existe. Sincèrement, je n’en sais absolument rien. Il est tout à fait possible, malheureusement, que le législateur de l’époque ait cru à cette fiction et que depuis personne n’ait jugé utile de revenir dessus. Et pourtant, c’est essentiel parce que cette distinction imaginaire a un effet extraordinairement néfaste : elle masque le coût réel de notre système social aux yeux du plus grand nombre ce qui, dans un pays qui se veut démocratique, est tout simplement inadmissible.

Entendez-moi bien : je ne porte ici aucun jugement sur les coûts et bénéfices dudit modèle social. J’ai, bien sûr, mon opinion sur la question mais elle n’a pas sa place ici : je dis simplement qu’on ne peut pas demander aux citoyens de ce pays de se prononcer sur un tel choix collectif s’ils ne sont pas en mesure de savoir ce que ça leur coûte vraiment. Ce n’est pas admissible. Quelles que soient vos préférences politiques, que vous soyez un fervent partisan de notre modèle social ou le plus acharné de ses détracteurs, il y a au moins un point sur lequel nous devrions tous être d’accord : une démocratie ne peut fonctionner que si les citoyens disposent des éléments qui leur permettent de se faire une opinion.

Or voilà, j’observe que l’immense majorité de nos concitoyens croit dur comme fer que c’est bien leur patron qui paie les cotisations dites patronales et j’observe que ces dernières sont de 60% à plus de 110% plus élevées que les cotisations prétendues « salariales » (sauf en cas de réduction Fillon). Concrètement, ça signifie que l’immense majorité de nos compatriotes sont convaincus que notre modèle social ne leur coûte finalement pas grand-chose alors qu’en réalité, on leur cache de 60% à 70% de son coût en leur faisant croire que « c’est le patron qui paye ».

Il faut mettre fin à cette mauvaise farce et, comme je doute fort que notre personnel politique ait ne serait-ce que le dixième du courage qu’il faudrait avoir pour dire enfin la vérité aux gens, j’ai une petite suggestion que je souhaite ici adresser aux chefs d’entreprises françaises et ainsi qu’à leurs représentants sur la scène publique (si quelqu’un pouvait faire suivre à Pierre Gattaz par exemple…). L’idée est très simple : proposez de prendre à votre charge l’intégralité des charges dites salariales.

C’est bête comme chou, ça ne coûte rien (à la limite, ça va même peut être vous permettre de faire des économies sur le traitement des bulletins de salaire) et ça va enfin permettre de mettre les choses au clair : un « superbrut », un net et un modèle social. Cerise sur le gâteau : ça nous donnera aussi l’occasion d’observer avec délice les trésors d’ingéniosité que ne manqueront pas de développer celles et ceux qui, pour des raisons parfaitement inavouables, ne veulent surtout pas que les électeurs-contribuables sachent.

Source contrepoints.org

Billets-Vivre avec le terrorisme : ce qu’Israël nous enseigne


Vivre avec le terrorisme : ce qu’Israël nous enseigne

L’Europe pourrait affronter des attentats terroristes fréquents dans le futur. Comment s’y préparer et que peut nous apprendre le cas d’Israël ?
Entretien avec Corinne Sauer, du Jerusalem Institute for Market Studies.

Alors que les attentats se sont multipliés en Europe ces derniers mois, nous risquons de devoir nous habituer à vivre avec le terrorisme. Israël, démocratie régulièrement menacée par le terrorisme, peut nous apprendre beaucoup.

Droit au port d’armes et sécurité privée
La sécurité des citoyens ne viendra pas de l’État, ou au moins pas exclusivement. Israël a su associer fortement la société civile aux démarches de garantie de la sécurité de ses citoyens comme le souligne Corinne Sauer : « la société civile est très impliquée dans le combat contre le terrorisme en Israël, avec quatre axes clefs : déjà, un service militaire obligatoire pour presque tout Israélien. Ensuite, il est assez facile d’obtenir un permis de port d’armes et de nombreux citoyens sont armés. Cela a permis de stopper de nombreuses attaques terroristes. Troisième axe, même les enfants sont informés tôt sur la conduite à tenir en cas de risque, et les Israéliens n’hésitent pas à prévenir la police tôt. Enfin, de nombreux quartiers ou centres commerciaux ont leurs propres services de sécurité, avec des volontaires ou des entreprises privées ».

Des mesures qui peuvent nous sembler lointaines et difficilement applicables en France, mais qui font leur chemin. Combien de morts au Bataclan auraient pu être évités si les policiers présents dans la salle (hors de leurs horaires de service) avaient été autorisés à porter une arme ?

Quel impact sur la vie quotidienne ?
Au delà, c’est aussi l’impact de la « guerre contre le terrorisme » sur la vie quotidienne qui inquiète les Français, hésitant par exemple à prendre l’avion ou à aller au restaurant. Mais aussi un énervement face aux contrôles de sécurité à tout instant. En Israël, c’est une certaine résignation voire une acceptation de ces contrôles de sécurité qui prédomine : « la guerre contre le terrorisme est notre vie quotidienne et la société civile, partie prenante de cette guerre, a pris l’habitude d’être arrêtée et de voir ses sacs fouillés dans presque n’importe quel lieu public. C’est le prix que beaucoup sont prêts à payer pour vivre dans un environnement plus sûr ».

Le tout en cherchant au maximum à préserver les valeurs de nos sociétés libérales : « j’habite à Jérusalem, une ville très diverse, où toutes les communautés, Juifs comme Arabes, vivent ensemble, utilisent les mêmes transports en commun, travaillent, sortent ou font leurs courses dans les mêmes endroits ». « Nous essayons de maintenir la tolérance entre les communautés ».

Traduction et mise en forme : Alexis Vintray

Source contrepoints.org

Billets-Attentats de Bruxelles : 3 rappels utiles


Attentats de Bruxelles : 3 rappels utiles

3 rappels utiles sur les buts de l’organisation État islamique après les attentats à Bruxelles.

Une nouvelle attaque terroriste vient de frapper l’Europe, cette fois-ci en plein cœur de Bruxelles, en Belgique. Elle a été revendiquée sans surprise dans les heures qui ont suivi par l’organisation état Islamique, et par des remarques d’une indécence immonde de la part des politiques français. À côté de la tristesse suscitée par l’attentat en lui-même, j’ai été frappé de constater à quel point le déroulement des événements était prévisible. Entre les récupérations politiques, les fausses images recyclées d’anciens événements, les accusations de la droite envers la communauté musulmane, et l’obsession maladive de la gauche pour expliquer que ceci n’a rien à voir avec la religion, j’avais l’impression d’être revenu en novembre dernier.

Les objectifs de l’EI
Au milieu du chaos et du sentiment d’impuissance qui s’installent, je voulais prendre le temps de rappeler quels sont les objectifs de l’État Islamique. Je sais parfaitement que le climat n’est pas propice à toute réflexion rationnelle, mais c’est précisément là où je veux en venir : le but du terrorisme n’est pas de nous inciter à nous asseoir autour d’une table en gentlemen pour discuter de choses sérieuses.

Le but premier du terrorisme est d’instiller… la terreur. N’importe quelle autre tragédie causant 30 morts ne provoquerait pas ce genre de couverture médiatique ni un tel emballement politique. En sortant de chez vous, la probabilité que vous soyez la cible d’une attaque terroriste reste toujours infinitésimale. Le but du terrorisme n’a jamais été de faire accroître la mortalité, mais de vous persuader que demain, vous serez sur la liste des victimes, alors que vraisemblablement vous pourrez mourir de mille et une choses avant d’être confrontés à une attaque terroriste. Nous prenons tous des risques bien plus grands chaque jour lorsque nous montons dans une voiture, que nous traversons un passage clouté, ou que nous buvons une bière de trop au bar. Gardons à l’esprit que le terrorisme reste une cause de mortalité extrêmement faible, et que les terroristes voudraient précisément que vous soyez persuadés du contraire.

La deuxième chose à garder à l’esprit, cette fois-ci plus spécifique à l’organisation état islamique, est qu’il essaie de construire une rhétorique manichéenne avec les Musulmans d’un côté et les Chrétiens de l’autre. Que son idéologie soit sincèrement alimentée par la religion ou non, cette dernière est sans aucun doute utilisée comme instrument de division. Al-Qaida en son temps poursuivait déjà une logique similaire : attiser la haine religieuse pour monter les chrétiens occidentaux contre leurs voisins musulmans. Lorsque les attentats sont utilisés comme prétexte pour stigmatiser des communautés entières, c’est au final sauter à pieds joints dans le piège tendu par les djihadistes. Les musulmans, ostracisés, refoulés aux portes de l’Europe, n’auront d’autre choix que de se retourner vers leurs semblables, dans cette logique binaire. Ce dont Daech a peur plus que tout est de voir des musulmans parfaitement intégrés dans les sociétés occidentales, puisque cela remet leur rhétorique en question.

Il existe bien entendu des problèmes avec certains immigrés musulmans, qui, disons-le, ne sont pas issus de cultures particulièrement tolérantes, mais aborder la question du terrorisme doit se faire sans généraliser autour de la population musulmane, qui pour la majorité est parfaitement paisible et ne cherche pas à rejoindre le djihad.

Liberté d’expression
Et enfin, l’organisation état Islamique n’est pas un paradis libéral fondé sur les idées des lumières, avec un profond respect des valeurs de démocratie, de séparation des pouvoirs, de respect des libertés, ni de justice. Même si à ma connaissance il ne revendique pas vouloir mettre à mal ces grandes idées, c’est finalement ce que nous parvenons à nous imposer inutilement à nous-mêmes. Les grands discours sur la liberté d’expression en janvier 2015 ont été suivis d’arrestations de mineurs s’étant exprimés de façon insuffisamment Charlie aux yeux du pouvoir. Les gouvernements occidentaux sont en pleine hystérie anti-vie privée, et cherchent par tous les moyens à combattre les outils de communication et de stockage chiffrés. Tout cela pour lutter contre un risque qui, comme je l’ai dit, demeure extrêmement isolé et rare.

C’est lorsque l’on se laisse aller à la panique, aux généralisations, et à un mépris des institutions démocratiques que l’on perd réellement face au terrorisme. Je sais pertinemment qu’il est difficile de demander de raisonner rationnellement face à ce genre d’attentats, mais c’est un exercice auquel il faut impérativement s’adonner, et encourager nos proches à faire de même. Les gouvernements exploitent sans vergogne nos vulnérabilités pour faire passer des lois liberticides que personne n’aurait acceptées dans un autre contexte. Le Front National continue inexorablement de gagner du terrain, alimenté par ces peurs. Aux États-Unis, un candidat au discours fasciste est en passe de gagner la primaire républicaine. Pardonnez-moi, mais je n’ai pas autant peur de quelques idiots avec une ceinture d’explosifs que des politiques qui n’attendent qu’une chose : que de tels événements se répètent pour satisfaire leur soif intarissable de pouvoir. Ne leur donnons pas raison.

Photo : Bruxelles panoramique (Crédits : Ines Saraiva, licence Creative Commons)

Source contrepoints.org

Billets-Attentats de Bruxelles : deux souhaits à garder en mémoire  


Attentats de Bruxelles : deux souhaits à garder en mémoire

Nous sommes très proches du moment où les terroristes vont gagner leur guerre.

Toutes nos pensées vont aux victimes au lendemain des attaques aveugles d’un terrorisme barbare à Bruxelles.

Hélas, nous sommes très proches du moment où les terroristes vont gagner leur guerre. En effet, que veulent-ils ?

Certes, ils veulent tuer des gens, et ils y parviennent. Mais leur objectif ultime n’est-il pas que nous en finissions avec la démocratie libérale, la liberté de circulation et un haut, mais perfectible, niveau de respect des Droits de l’Homme ?

De Loi Renseignement en Fichier des passagers aériens (Passager Name Record), de rétablissement des contrôles aux frontières en déchéance de nationalité, en passant par les fouilles à l’embarquement du Thalys, force est de constater que le terrorisme djihadiste de Daech a déjà eu un impact sur l’Europe.

Vous verrez que dans quelques jours, Sapin ressortira son projet de suppression de l’argent liquide, pour lutter contre le terrorisme bien sûr.

Si ce soir nous pouvions formuler deux vœux, ils seraient : d’une part, une pensée pour les victimes, et d’autre part, un appel à la vigilance quant aux dérives liberticides que les politiciens ne manqueront pas de proposer.

En attendant… compassion pour la Belgique et pour Bruxelles.

Photo : Grand place, sun after rain (Brussels) crédits RobinTphotos (CC BY-NC-ND 2.0)

Source contrepoints.org

jeudi 24 mars 2016

Billets-État islamique : la stratégie du chaos


État islamique : la stratégie du chaos

La stratégie de l’organisation état islamique ? La recherche du chaos à tout prix.

Les attentats auxquels nous assistons ne sont pas qu’un déchaînement aveugle de violence ou l’œuvre de fous d’Allah. La folie est insuffisante pour prendre la mesure de la menace. Ils s’inscrivent dans une stratégie théorisée par les dirigeants de l’EI, visant à utiliser la violence et la barbarie comme des moyens pour créer une situation de chaos, et ainsi internationaliser la situation en Irak et en Syrie.

Internationaliser le conflit
Par opposition à l’état social qui désigne l’état d’une société politique fondée sur le droit, l’état de nature désigne, dans la philosophie politique des Lumières, l’état de l’humanité avant la constitution en société politique, une situation où les relations interpersonnelles sont régies par la loi du plus fort. L’état de nature n’est pas qu’une fiction politique : la guerre civile est un retour à l’état de nature, parce qu’elle livre les individus à des rapports de domination et de violence. C’est sur cet espace à l’état de nature que s’est implanté l’EI, à partir d’une situation de décomposition politique de l’État syrien et de l’État irakien, offrant aux combattants salafistes djihadistes l’occasion de refonder une société politique à partir d’une conception fondamentaliste de l’Islam, avec comme unique constitution, comme unique source du droit positif, la charia.

Mais l’EI ne porte pas uniquement un projet politique fondamentaliste, à l’image de la doctrine wahabite de l’Arabie saoudite. Il mène une politique djihadiste, née de la guerre civile, principalement entre chiites et sunnites, animée par un esprit de revanche. Il est né du chaos, et c’est dans le chaos qu’il cherche à se constituer. En ce sens, il entretient l’état de nature ou l’état de guerre permanente pour procéder à la purification de l’oumma, et ainsi mobiliser la vengeance comme moteur de sa construction. D’autre part, le contexte de guerre sur plusieurs fronts, à l’ouest contre le gouvernement irakien, à l’est contre le gouvernement syrien, et au nord contre les combattants kurdes peshmergas notamment, renforce l’esprit de revanche comme instrument fondateur du califat. Pour autant, cet esprit de revanche n’est pas accidentel dans la constitution de l’EI. Il est l’âme même de ce dernier. En effet, la stratégie territoriale de l’EI, inhérente au projet de restauration du califat, s’accompagne du rejet de l’idée même de frontière, et donc du projet de conquête de territoires en dehors de l’Irak et de la Syrien. En ce sens, l’EI porte le projet de la guerre contre tous, ou de l’allégeance, et propage à l’échelle internationale la situation d’état de nature d’où il est né.

Dans cette situation de déstabilisation régionale, plusieurs groupes armés salafistes djihadistes ont prêté allégeance officiellement à l’EI, devenant ainsi des provinces (wilayat) revendiquées du califat en Égypte, en Libye, en Algérie, au Yémen, en Arabie Saoudite ou encore au Nigéria.

La guerre contre ceux qui ne prêtent pas allégeance concerne à la fois les non-musulmans, qualifiés de mécréants (kâfir), mais aussi les musulmans qui ne partagent pas la vision salafiste et djihadiste de l’islam, considérée par l’EI comme l’islam authentique. Ces derniers sont qualifiés d’apostats dans la doctrine takfiriste, idéologie violente dérivée du wahabisme dont se réclamait par exemple Chérif Kouachi, et sont donc par la suite sujets de l’excommunication (takfiri), puis des cibles légitimes de la guerre sainte (djihad).

Détruire la « zone grise » 
Pour comprendre le sens des attaques terroristes revendiquées par l’EI, il faut les relier à sa stratégie territoriale. Le projet expansionniste, inhérent à l’idée de restauration d’un califat salafiste djihadiste, repose sur une assise territoriale en Irak et en Syrie. Mais il s’accompagne par ailleurs d’une politique de déstabilisation des sociétés politiques extérieures aux territoires sous son contrôle. Les relations internationales entre l’EI et le reste du monde sont réduites à un rapport de violence, qui provient, comme on l’a vu, de la négation de l’idée même de frontière.

Dans cette perspective, la pensée géopolitique de l’EI se réduit à un corpus de textes qui traitent de la manière de mener efficacement le djihad, avec en toile de fond un sentiment de haine et de revanche comme carburant de la construction califale. Ces corpus de textes, qui renseignent sur la politique menée par l’EI, sont le plus souvent l’œuvre de djihadistes expérimentés, qui cherchent à réorienter la stratégie d’un djihadisme global de type Al-Qaida, jugé inefficace, vers un djihadisme repensé sur la base d’une implantation territoriale, avec pour finalité la construction d’un califat vengeur.

L’un des principaux théoriciens de cet art de la guerre est Abou Moussab Al-Souri, un ancien compagnon de Ben Laden. Il publie en décembre 2004  L’Appel à la Résistance islamique globale. L’ouvrage de 1600 pages devient rapidement le manuel stratégique des terroristes de tous horizons, des dirigeants salafistes djihadistes comme Abou Moussab al-Zarqaoui en passant par les hommes de main subalternes du terrorisme comme Mohammed Merah ou Medhi Nemmouch. Abu Bakr al-Naji, un membre du réseau Al-Qaida, publie la même année sur internet un texte intitulé L’administration de la sauvagerie : l’étape la plus critique à franchir par la Oumma. L’agence de multimédia Al-Hayat, organe de la communication du califat créé en mai 2014, a lancé le magasine Dabiq en juillet 2014. Dans le numéro de février 2015, l’article intitulé «La zone grise» décrit la vision géopolitique bipolaire de l’EI où l’on peut voir un renversement du discours de George W. Bush après les attentats du 11 septembre 2001, parlant de « l’Axe du mal ». À présent, le bien et le mal changent de camp, dans le discours de l’EI, avec d’un côté les « croisés », et de l’autre ceux qui sont du côté de « l’islam ». La « zone grise » désigne les musulmans dans l’incertitude, ceux qui sont encore dans un entre deux. Par conséquent, la stratégie pour l’EI consiste à essayer « d’accroître la division et de détruire la zone grise ». Il enjoint les «croyants» à faire leur exil (hijrah) vers la terre des musulmans (Dar al islam), et à prendre les armes contre leur pays de résidence au cas contraire.

Pour mener à bien cette stratégie d’effacement de cette « zone grise » pour accroître ses effectifs, l’EI tente d’exporter la guerre civile au moyen d’attentats, notamment en France où la communauté musulmane représente 7,5% de la population totale, soit environ 4 710 000 personnes. Ainsi, l’EI espère attiser les conflits intercommunautaires, et accélérer le processus de djihadisation. Il est intéressant de remarquer que les attentats touchent en premier lieu les pays à forte communauté musulmane. L’Égypte, le Yémen et la Lybie sont les trois pays les plus touchés en nombre de victimes d’attentats revendiqués par l’EI. En provoquant des attentats, l’EI tue pour choquer, et in fine développer les sentiments de désunion nationaux : en particulier l’islamophobie. La cruauté n’est pas une fin en soi mais un moyen dans la stratégie de l’EI pour détruire l’esprit républicain, et propager la haine qui alimente l’esprit de revanche dont se nourri l’EI. D’autre part, en provoquant une réaction sécuritaire et liberticide des gouvernements contre le terrorisme, l’EI espère créer des vocations chez les déçus de ces sociétés politiques, et ainsi renforcer l’attractivité de son projet califal, dans un monde qu’il tente de bipolariser. Provoquer l’amalgame dans l’opinion entre musulmans et terroristes s’inscrit dans cette optique de disparition de la « zone grise ». La suspicion à l’égard des musulmans est en effet propice au développement d’un sentiment de rejet mutuel, terreau fertile pour détruire l’unité républicaine, affaiblir l’adversaire et in fine construire la légitimité du califat dans la vengeance.

La gestion de la vengeance
La haine est donc la principale ressource de l’EI : c’est sur l’esprit de vengeance que s’est constitué l’État islamique, et c’est par lui qu’il continuera de prospérer. Sa puissance repose sur sa capacité à convaincre le monde musulman de sa légitimité en tant que califat. Or il ne peut y parvenir qu’en déployant le sentiment de vengeance contre un nouvel « Axe du mal », en mobilisant le djihad comme moteur de sa construction.

L’esprit de vengeance est une spirale infernale et destructrice : la fable grecque des Atrides nous le montre.

La tragédie qui touche la famille prend sa source avec la haine qu’éprouvent réciproquement les deux frères, Atrée et Thyeste, et la surenchère d’actes barbares qu’ils commettent l’un envers l’autre pour laver les humiliations vécues. Entraînés dans un cercle vicieux de vengeances sans fin, qui se propagent de génération en génération, les membres de cette famille maudite par les dieux s’entretuent : Égisthe, le fils de Thyeste, tue son oncle Atrée pour venger son père ; les deux fils d’Atrée, Agamemnon et Ménélas, chassent Thyeste du trône de Mycènes ; Egisthe assassine Agamemnon à son retour de la guerre de Troie ; Oreste tue sa propre mère Clytemnestre et son amant Egisthe. Poursuivie par les Érinyes, déesses de la vengeance, il se réfugie auprès d’Athéna, où il est jugé par le Tribunal de l’Aréopage, dont la sentence met fin au cercle vicieux de la vengeance et de la barbarie. Dès lors, les Érinyes se transformèrent en Euménides : les Bienveillantes.

Photo : grenade terrorisme credits Israel defense forces (licence creative commons)
Source contrepoints.org