samedi 31 octobre 2015

Dessins de presse


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vendredi 30 octobre 2015

jeudi 29 octobre 2015

mercredi 28 octobre 2015

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Photos-World Press Photo 2008


World Press Photo 2008


©Anthony Suau

Le prix de la meilleure photo de presse de l’année 2008 fut décerné à Anthony Suau.

La scène, dramatisée par l’emploi du noir et blanc, se déroule à Cleveland, Ohio, alors qu’un policier patrouille arme au poing dans un logement de toute évidence abandonné par ses occupants ruinés, dans le scandale des prêts hypothécaires. L’absurdité de la scène mais aussi le poids de cette actualité, qui a entraîné le monde dans une crise économique douloureuse, ont certainement fait pencher le jury en faveur de cette photo.
Spécialiste du noir et blanc, à 52 ans Anthony Suau n’est pas un débutant. Photographe attitré de Time depuis 1991 et fournisseur d’une dizaine d’agences, il avait remporté le même prix en 1987 (manifestations en Corée du sud) et un prix Pullitzer en 1984 (famine en Ethiopie). Il détient la Médaille d’or Robert Capa pour son travail en Tchétchénie en 1995 et 1996.


Anthony Suau

Photos-World Press Photo 1997

World Press Photo 1997


World Press Photo 1997 ©Hocine Zaourar

 Hocine Zaourar a remporté le World Press Photo 1997.

Hocine Zaourar est photographe de presse. Il vit à Alger. Il est né le 18 décembre 1952 à Birmandreis près d’Alger, en Algérie.
Originaire d'une famille modeste, il a découvert la photographie de manière autodidacte.

D’abord artiste photographe, il s’est ensuite orienté vers le photojournalisme à partir du milieu des années 1980. Il fut le correspondant algérien pour l’Agence Sipa Press entre 1987 et 1990 puis pour Reuteurs de 1990 à 1992 avant d’intégrer l’Agence France Presse durant la décennie noire, en 1993.
Il a couvert de nombreux conflits dont ceux du Rwanda, du Zaïre, de Gaza ou encore de Somalie.

Pour des raisons de sécurité, seul son prénom sera rendu public. Sa photographie "Massacre à Benthala" (23 septembre 1997) fera la une de plus de 700 quotidiens dans le monde entier sauf en Algérie. Quelques jours plus tard, Michel Guerrin, spécialiste de la photographie au Monde, choisit comme titre à son article "Une Madone en enfer" (article paru dans l'édition du 26.09.97). Dès lors, la polémique autour de "La Madone de Benthala" restera ouverte, jusqu'à aujourd'hui où il reste déplacé de parler de cette image en Algérie... ou en France.

La polémique n'intimidera pas les membres du jury du Prix World Press qui consacreront cette image comme image de l'année 1997.


Hocine Zaourar 

Photos-World Press Photo 1963


World Press Photo 1963


©Malcolm.W.Browne

 Malcolm.W.Browne a remporté le World Press Photo 1963.

Ce jour de l’été 1963 à Saigon, des moines bouddhistes avisent les correspondants de presse qu’un évènement grave va subvenir. Un seul viendra, Malcolm W Browne.

Sous ses yeux et devant son objectif, un moine s’assied au milieu d’un grand carrefour de Saïgon, 2 autres moines l’arrosent d’essence et l’enflamme.

Ce suicide par auto immolation visait à protester contre le régime dictatorial proaméricain du président vietnamien Ngô Dinh Diêm.

Le lendemain, cette photo sera sur le bureau du président John Fitzgerald Kennedy à Washington, qui appela l’ambassadeur US à Saigon, Henry Cabot Lodge pour lui dire
« Plus jamais çà ! »

Néanmoins, d'autres immolations publiques suivront et les mouvements d'opposition seront sévèrement réprimés par le pouvoir.

En novembre, un coup d'Etat renversera le gouvernement de Ngô Dinh Diêm qui sera fusillé. En 1964, les Etats-Unis décideront d'envoyer des troupes au Vietnam afin de s'opposer à l'avancée communiste.


Malcolm W. Browne

mardi 27 octobre 2015

dimanche 25 octobre 2015

Infos santé : Sport et Santé-Vitamine D


Vitamine D

La vitamine D est indispensable à la solidité des os. Elle intervient aussi dans la force musculaire et la santé du cœur. Elle est essentielle pour le sportif ! Elle est produite à 80% dans la peau sous l’influence des rayons solaires. En hiver, la majorité des sportifs sont carencés !

Par le docteur Stéphane CASCUA, médecin du sport.

Selon les études, 50 à 100% de la population vivant en climat tempéré manque de vitamine D. Autrefois, chasse, cueillette et agriculture nous permettait de passer un maximum de temps à l’extérieur. Désormais, notre vie recluse dans les maisons et les bureaux nous prive des bienfaits du soleil.  Une étude menée chez les sportifs illustre bien l’influence de ce phénomène. CONSTANTINI constate que 94% des danseurs et des basketteurs sont carencés en vitamine D. Ils ne sont que 48% parmi ceux qui font du sport à l’extérieur dans les pays ensoleillés. De surcroît, en hiver, la durée et l’intensité de l’ensoleillement sont insuffisantes et les peaux sombres produisent moins de vitamine D. Bref, il est probable que vous en manquiez ! Dommage !

  • La vitamine D, c’est essentiel pour les os !
La vitamine D stimule l’absorption du calcium par l’intestin puis son entrée dans le tissu osseux. En effet, le calcium relie entre elle les protéines de l’os et confère sa rigidité à tout l’édifice. On peut comparer ce montage à du béton armé. Les tiges métalliques  correspondent aux protéines et le béton, issu de monde minéral, au calcium. En cas de  carence profonde en vitamine D, l’os est mou. Il se déforme sous l’effet des contraintes mécaniques et du poids. On parle d’ostéomalacie chez l’adulte, de rachitisme chez l’enfant. Dans un contexte d’insuffisance moins marquée, telle qu’on la rencontre chez les sportifs,  on constate souvent une réduction de la densité osseuse et une «sensibilité des os».Les tibias, les talons, soumis aux impacts de la course, se montrent parfois douloureux. Dans le sang, on note l’augmentation des déchets en provenance de l’os. En effet, pour maintenir un taux de calcium sanguin constant, l’organisme carencé en vitamine D n’hésite pas à grignoter sa propre structure osseuse ! Chez la sportive assidue, ce tableau s’associe souvent à une alimentation insuffisante, une maigreur, un manque d’hormone féminine et une absence de règles. Tous ces facteurs se cumulent pour altérer la construction et la réparation des os. Ainsi, la carence en vitamine D pourrait favoriser les fractures, notamment les fractures de fatigue !

  • La vitamine D, c’est important pour les muscles
La vitamine D active la production des protéines des muscles. Elle stimule l’ouverture des petites citernes musculaires contenant le calcium. Cette libération massive de minéraux chargés électriquement déclenche une contraction plus vigoureuse. Vous comprenez pourquoi la vitamine D améliore la force et la puissance musculaire. C’est démontré chez le jeune adulte ! Chez le sénior, la carence en vitamine D est associée à une démarche chancelante. Cette faiblesse concoure sûrement tout autant que la fragilité osseuse à la survenue des célèbres « fracture du col du fémur ».

  • La vitamine D, un élément clé pour le cœur et les vaisseaux.
La vitamine D participe à la régulation de la pression artérielle et réduit l’hypertension. Elle influe sur la production des hormones qui remplissent, ouvrent et ferment les vaisseaux. Là encore le calcium intervient dans la contraction des petits muscles qui entourent les artères. Ces processus  se révèlent essentiels aux cours de l’effort. Globalement, il semblerait que la vitamine D diminue la probabilité de crise cardiaque. Elle limite aussi le risque de diabète caractérisé par l’excès de sucre dans le sang. En effet, elle favorise la pénétration du sucre dans les muscles et son stockage sous forme de glycogène. Là encore, vous le savez, c’est primordial pour le sportif.

  • La vitamine D pour booster l’immunité.
La vitamine D module l’action des globules blancs, les cellules chargées de nous débarrasser des microbes, des déchets tissulaires ou des cellules anormales. Grâce à cette substance, notre système immunitaire reconnait et mémorise plus aisément les microbes. Elle réduit le risque d’infection hivernale chez le sportif qui s’entraîne dans le froid. La vitamine D  participe au nettoyage des lésions et à l’activation des processus de reconstruction. Cette régulation de l’inflammation se révèle essentielle pour la guérison des courbatures et des blessures du sportif. La vitamine D active également l’autodestruction des cellules cancéreuses. Les carences en vitamine D paraissent associées à une nette augmentation du risque de cancer du sein et du côlon.

  • Vitamine D, comment éviter les carences ?
En hiver, profitez du soleil ! Le sport peut vous aider ! Entraînez-vous à l’extérieur au moins 2 fois par semaine, pendant plus de 30 minutes. Essayez de réaliser vos séances aux heures les plus ensoleillées, idéalement au moment du déjeuner. Dès que vous êtes bien échauffé, enlevez vos gants, remontez vos manches. Mettez un bonnet plutôt qu’une casquette afin de profiter des UV sur votre visage. Si vous le pouvez, partez en vacances au soleil plutôt qu’au sport d’hiver.
Mangez des poissons gras : saumon, maquereaux, hareng, anchois, sardine ou thon, deux à trois fois par semaine. Si vous êtes courageux et adepte des traditions, optez pour l’huile de foie de morue, 10 fois plus riche en vitamine D. Il est d’usage de proposer 1 cuillère à café par jour pendant 1 mois chaque année. Le jaune d’œuf et les produits laitiers gras notamment le beurre, contiennent de la vitamine D mais en faible quantité.
Parlez-en à votre médecin. Selon votre profil, il renouvellera ces conseils ou vous proposera une complémentation médicamenteuse. S’il suspecte une carence profonde ou, au contraire, s’il craint de dépasser les concentrations utiles, il peut procéder à un dosage sanguin. Classiquement, le traitement préventif comporte une ampoule en début d’hiver. La vitamine D est soluble dans les graisses et n’est pas éliminée dans les urines ; elle se stocke dans le foie, la graisse et les muscles. Elle peut s’y accumuler en excès. C’est pourquoi, en France, la vitamine D n’est disponible que sur ordonnance. L’hypervitaminose D peut provoquer des maux de tête, des crampes ou des calculs rénaux voir des calcifications des vaisseaux si elle se prolonge. Heureusement, cette situation est exceptionnelle car la concentration toxique est très élevée.


Source SantéSportMag

samedi 24 octobre 2015

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vendredi 23 octobre 2015

jeudi 22 octobre 2015

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mercredi 21 octobre 2015

mardi 20 octobre 2015

Lectures Henning MANKELL-Entretien avec Henning Mankell


Entretien avec Henning Mankell

Une page se tourne pour les lecteurs férus des romans policiers de Henning Mankell. Le commissaire Kurt Wallander tire sa révérence. Après vingt ans de vie commune, l'auteur suédois prononce le divorce, sans regrets. L'Homme inquiet, neuvième épisode de la série, publié en septembre, est donc bel et bien le dernier. Henning Mankell, l'homme en colère, l'homme pressé, de passage à Paris cet automne alors que les rues ne désemplissent pas de manifestants, s'en explique tout sourire : il a tant à faire, tant à écrire ! Au risque de déplaire à ses lecteurs, il refuse de céder aux vieilles habitudes, et enterre sa série pourtant connue dans le monde entier. Théâtre, littérature de jeunesse, autres romans, édition, action politique : à 62 ans – l'âge aussi de Wallander –, Henning Mankell est sur tous les fronts. Avec une vitalité contagieuse.

Qui est pour vous Kurt Wallander ?
Un personnage de fiction. Depuis dix ans, déjà, je songeais écrire le dernier roman de la série. La rupture a été plus lente que prévu. Mais elle est dé-fi-ni-ti-ve ! Wallander et moi, nous sommes un faux couple. J'ai toujours gardé ma liberté. La série des Wallander ne représente que le quart de ma production littéraire. Jamais je n'aurais imaginé vivre si longtemps avec ce vieux Kurt. Je n'avais pas l'ambition de créer un personnage qui devienne le Suédois le plus connu du monde. Cela s'est fait malgré moi, ce qui faisait bien rire mon beau-père, l'autre star suédoise, Ingmar Bergman. J'insiste : Wallander n'existe pas ! Si les lecteurs ont besoin de lui, pas moi !

Vous ne l'aimez pas beaucoup, ce Wallander ?
Il a des relations étranges avec les femmes, il est assez misogyne, désenchanté, et même dépressif. Il est seul, mène une sale vie, se nourrit mal, boit trop, ne fait pas d'exercice. Il ne porte sur le monde ni analyses ni critiques radicales. Il est plus conservateur que démocrate. Il a raté le coche de l'engagement politique. Il est tourmenté mais glisse sur ses angoisses. Il n'est pas James Bond, il ne fait rien d'extraordinaire. Il ne fait pas peur, il n'est pas méchant, il souffre des mêmes bobos que n'importe qui. Je l'ai même rendu diabétique... Wallander s'est tricoté de petits arrangements. Il est un peu lâche, il évolue, il doute, il vieillit. Il est populaire en Corée, au Japon, en Argentine, car il est monsieur Tout-le-Monde. Chacun peut se reconnaître en lui. C'est la raison de son succès : il incarne l'homme d'aujourd'hui, un type désemparé. Je l'utilise comme un instrument de musique ou un outil : il me permet de raconter des choses essentielles.

Vous avez bien quelques points communs avec lui ?
Oui, trois. Nous avons à peu près le même âge. Nous avons la même passion pour l'opéra italien. Et nous travaillons énormément, lui comme flic, qui n'a, hélas pour lui, que son commissariat comme point d'ancrage, moi, comme écrivain et citoyen engagé. En dehors de cela, rien.

Comment Kurt Wallander était-il né ?
Dès 1989, j'étais hanté par la xénophobie galopante. Le racisme est un crime. Et qui dit crime dit roman policier. Il me fallait donc un détective. Le polar est le genre littéraire idéal pour mettre en scène les dysfonctionnements de notre société, sans pour autant tomber dans le manichéisme. Un écrivain a, pour moi, le devoir de s'intéresser au monde, d'essayer de le comprendre. Si Wallander était français, ou si moi j'étais français, je l'aurais confronté à la révolution de 1789. Je l'aurais obligé à se poser quelques questions sur la France, le pays des Lumières, qui aujourd'hui expulse les Roms. La France, qui était notre phare, s'est aujourd'hui engagée dans un processus à l'opposé de ce qui la fonde. Tout cela m'accable.

Comment avez-vous mûri la fin de Wallander ?
Malgré tout ce que je vous avoue sur ce personnage, il m'était impossible de le voir mort, encore moins d'écrire cette mort. J'avais envie de me confronter à une peur, qui touche de plus en plus de monde, la sénilité. Wallander, peu à peu, se rend compte qu'il a des trous de mémoire, qu'il perd ses moyens. C'est à la fois une fin tragique et douce. On sait qu'une personne sur cinq terminera sa vie de cette façon, touchée par la maladie d'Alzheimer. La décrépitude me terrifie. S'apercevoir que l'on perd la tête est une chose horrible. Le jour de ma mort, je veux savoir pourquoi j'ai vécu.

Aujourd'hui, vous le savez ?
Je ne suis pas encore gâteux ! Je ne me suis pas, loin de là, mis à la retraite. Me dire que j'ai apporté quelque chose à ce monde, me dire que j'ai essayé de le comprendre, ne serait-ce qu'un tout petit peu... ce n'est pas si mal. Un livre ne va pas changer la face du monde, mais on ne peut rien modifier sans la culture. Un écrivain n'apporte pas de réponses. Il pose des questions. C'est le b.a.-ba. C'est un peu idiot dit comme cela. Mais, s'il le faut, je le répète. Rester curieux, avide de l'autre. S'interroger. Se remettre en cause. Chercher les bonnes questions, les mettre noir sur blanc. Le plus beau roman du monde, c'est Robinson Crusoé. Ce livre pose une unique question : Robinson va-t-il survivre ? Et la réponse est dans le livre – c'est formidable ! Je pense que Jean-Paul Sartre aurait aimé écrire une telle histoire. Robinson Crusoé, c'est de l'existentialisme à l'état pur !

Vous sentez-vous libéré de Wallander à présent ?
Je n'ai jamais été prisonnier de lui. Je dois avoir noirci quelque deux mille pages sur Wallander. Je lui ai consacré beaucoup de mon énergie. Mais il n'y a pas que lui dans ma vie. J'ai créé une maison d'édition en Suède, Leopard Förlag, qui publie des auteurs du tiers-monde, africains, asiatiques. Je séjourne régulièrement au Mozambique, où j'anime une troupe de théâtre.

Qu'est-ce vous lie à l'Afrique ?
Enfant, je rêvais de voir des crocodiles. A 19 ans, je suis parti en Afrique et j'ai rencontré des gens ! J'ai été ému par leur dynamisme. Leur volonté. Leur richesse. Leur accueil. J'ai séjourné de longues périodes à Maputo, où j'animais un atelier de théâtre avec les comédiens du Teatro Avenida. Moins maintenant, car je suis trop accaparé par mes livres, les voyages, la maison d'édition. L'Afrique m'a appris à percevoir les défauts de l'Europe. Son indifférence à la misère. Sa frilosité intellectuelle. J'aimerais avoir l'âme africaine. Mais je suis européen...

L'Homme inquiet sonde l'histoire de la Suède et celle de l'Europe. Une histoire toujours trouble, selon vous ?
Nous vivons aujourd'hui sous domination américaine, à tous les niveaux – que ce soit la culture, l'économie, les relations sociales. Même la Suède, qui, durant la Seconde Guerre mondiale, se dissimulait derrière sa prétendue neutralité. A cette époque, on voulait nous faire croire que le grand ennemi, c'était le communisme. L'Occident est tombé dans le piège de la guerre froide. L'assassinat du Premier ministre suédois Olof Palme (1986) demeure toujours un mystère. Intellectuel, bourgeois et cependant travailliste, il avait pris position contre la guerre du Vietnam, donc contre les Etats-Unis. Etait-il pour cela un agent pro-soviétique ? La Suède n'ose pas regarder son histoire en face et vit dans le mensonge, toujours obsédée par l'espionnage russe, tout en niant le rôle caché des Etats-Unis. Mais si l'on refuse de connaître l'histoire, on ne peut appréhender le futur ! En voiture, il faut regarder dans le rétroviseur pour éviter l'accident, non ? Nos gouvernants ne regardent ni dans le rétroviseur, ni loin devant. S'ils l'avaient voulu, bien des problèmes internationaux auraient pu être résolus. Pendant que je vous parle, mille enfants meurent de la malaria. Que fait-on ? Que font les laboratoires pharmaceutiques, à part gagner de l'argent ? Nous sommes sans boussole. Nous vivons dans le chaos. Nous avons perdu le passé, nous courons après le futur, une nouvelle voiture, une nouvelle femme, de nouvelles vacances.

Aux yeux des Français, ce qu'on appelle le « modèle suédois » apparaît pourtant comme un paradis...
Les belles blondes, la libération sexuelle, la sécurité sociale, c'est une légende. Certes, la Suède reste un pays où il fait bon vivre. Mais c'est une illusion de paradis. Lors des élections législatives de septembre, l'extrême droite a fait une percée spectaculaire. Elle a obtenu vingt sièges au parlement. Partout, en Europe, la haine, le racisme s'installent. C'est le symptôme de pays qui vont mal, économiquement et culturellement. Le conservatisme comme le fascisme naissent de la peur. La peur de l'avenir. L'autre est une menace, l'étranger un bouc émissaire. Les gens s'affolent contre « la montée de l'islam ». C'est oublier que l'islam baigne notre culture européenne. Et que, s'il y a « montée », c'est qu'il y a malaise. Les gens ont recours à la religion pour se protéger, c'est un refuge. Je ne soutiens pas pour autant les extrémismes. Le fanatisme me terrifie.

Cette crainte du fanatisme est au cœur de votre pièce de théâtre Des jours et des nuits à Chartres, qui vient d'être montée à Nice dans une mise en scène de Daniel Benoin...
Mon point de départ est une photo de Robert Capa, prise dans une rue de Chartres, à la fin de l'Occupation. On y voit une femme tondue tenant un bébé dans les bras. Autour d'elle, d'autres jeunes femmes rient, participent à son humiliation. Tondre les femmes qui ont couché avec des Allemands est le premier acte de l'épuration. La femme de la photo, Simone, a échappé au lynchage grâce à quelques Résistants. Longtemps, j'ai cherché comment écrire cette histoire terrifiante, le danger qui toujours nous guette : sombrer dans le fanatisme, la haine, l'exclusion.

Avez-vous toujours été un homme en colère ?
J'ai sur la tête une cicatrice, un coup de matraque reçu par un policier français lorsque j'étais à Paris en 1968. Adolescent, j'ai vite compris qu'il y avait sur terre de mauvaises personnes. J'aime la France mais, en ce moment, je ne décolère pas contre elle. J'ai un dicton qui m'oblige à rester debout : tant que dans le monde une seule personne n'est pas libre ou souffre, personne ne peut être libre ou heureux. J'y crois. Oui, j'ai la rage. C'est pour cela que, en juin dernier, j'ai participé à l'opération « Un bateau pour Gaza ». Je ne comprends pas comment un peuple qui a connu la souffrance peut devenir à son tour un oppresseur. Ce blocus contre Gaza n'est-il pas une forme d'apartheid ? Des gens sont morts dans cette action pacifiste. J'ai écrit alors que je ne voulais plus que mes livres soient traduits en Israël. C'était sous le coup de la colère. Je souhaite évidemment que les Israéliens puissent continuer de lire mes livres.

N'êtes-vous jamais las ?
J'ai vieilli, je vais davantage aux enterrements qu'aux mariages désormais, c'est la vie. Parfois, je suis triste. Mais je sais aussi être heureux : je fais le métier dont je rêvais tout gamin. Je suis seul à ma table de travail, j'écris, et des millions de gens me remercient. Comment pourrais-je être mélancolique ou pessimiste ? Quitte à paraître naïf, je crois à la raison, aux valeurs liées à la philosophie des Lumières. Je crois également à la jeune génération. Les jeunes de 15-20 ans qui viennent de manifester chez vous, en France, me donnent de l'espoir.


Source : Par Martine Laval (Télérama), publié le 20/11/2010


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lundi 19 octobre 2015

Lectures Henning MANKELL-Entretien avec Henning Mankell


Entretien avec Henning Mankell

Peu avant la parution de son nouveau roman, Tea-Bag, Henning Mankell était de passage à Paris pour assister à une représentation de sa pièce de théâtre Ténèbres. L'écrivain suédois a accepté de recevoir Lire en exclusivité, dans son hôtel des Champs-Elysées à la décoration toute scandinave. L'occasion d'apprendre de sa bouche pourquoi il avait interrompu les aventures du célèbre inspecteur Kurt Wallander, désormais remplacé par sa fille Linda. Peu disert, méfiant à l'égard des médias, l'homme venu du froid fait un peu figure d'ours polaire mal léché. Avec quarante millions d'exemplaires vendus dans le monde, l'auteur d'Avant le gel et de La lionne blanche ne court pas après la publicité. De prime abord, ce bourlingueur pourrait paraître désabusé, mais son regard s'anime dès qu'il évoque l'Afrique et les laissés-pour-compte. Il a le mérite de rester fidèle à ses convictions humanitaires. Préoccupé par le sort des pays sous-développés et la corruption politique du vieux continent, Henning Mankell se définit avant tout comme un Européen mais séjourne sept mois par an au Mozambique. La gloire et la fortune apportées par ses livres lui permettent de défendre sa terre d'adoption africaine ainsi que les cultures de pays oubliés. Ce forçat de l'écriture n'oublie pas la littérature pour autant. En évoquant la tragédie grecque et John le Carré, il nous livre certaines de ses recettes d'auteur à succès et nous donne des clés pour mieux comprendre une œuvre qui transcende le genre policier.

Comment êtes-vous devenu écrivain?
HENNING MANKELL. Quand j'avais six ans, ma grand-mère m'a encouragé à lire et à écrire. J'ai encore en mémoire la sensation d'être capable de mettre des mots les uns après les autres pour faire une phrase, puis de faire une autre phrase et soudain d'avoir une histoire. Cette sensation était fantastique. Honnêtement, après cela je n'ai rêvé de rien d'autre. Je ne me souviens pas d'avoir rêvé de conduire une locomotive ou ce genre de choses.

A quel âge avez-vous vraiment commencé à écrire des histoires?
H.M. J'ai toujours écrit des histoires car j'ai toujours su que c'était cela que je voulais faire. J'ai commencé par de petites histoires, à l'école. A quinze ans, j'ai quitté la Suède. A l'époque, tous ceux qui voulaient devenir artistes devaient se rendre à Paris. Alors je suis arrivé à la gare du Nord, en janvier 1964. Je n'avais que deux cents francs sur moi et une terrible rage de dents. Je ne connaissais personne, je ne parlais pas la langue... Je suis pourtant resté un an, en survivant grâce à des petits boulots payés au noir...

Quel genre de petits boulots?
H.M. J'ai travaillé à Belleville, dans un petit atelier d'artisanat. Je réparais des clarinettes. C'était assez absurde mais je prenais cela comme une université de la vie. Le reste du temps, j'écrivais. A dix-neuf ans, j'ai écrit ma première pièce de théâtre et à vingt-trois je publiais mon premier livre... Maintenant, je le reconnais, j'ai beaucoup de privilèges. Mais le plus grand privilège que j'ai, c'est de faire aujourd'hui ce que je rêvais de faire autrefois. Tout le monde a des rêves mais pour la majorité des gens, ça reste des rêves. Moi, je les vis.

Vous vivez sept mois par an en Afrique: un rêve d'enfant réalisé?
H.M. C'était également un rêve. Je me suis rendu la première fois en Afrique à l'âge de dix-neuf ans. J'avais le sentiment qu'il fallait prendre mes distances avec l'Europe, avoir cette perspective sur le monde, en dehors de l'égocentrisme européen. Ça a été l'Afrique, et je n'ai pas cessé d'y retourner et d'en revenir depuis quarante ans. L'Afrique me rend encore plus européen grâce à cette distance.

Il paraît que vous rêviez de crocodiles quand vous étiez enfant…
H.M. C'est vrai. Dans la région de Suède où j'ai grandi, je voyais une montagne au loin et une rivière coulait devant chez nous... Le rêve de me rendre en Afrique vient peut-être de là. J'imaginais que le bout du monde était de l'autre côté. Mais en grandissant un peu, mon idée de l'Afrique a changé et je ne suis pas parti là-bas pour voir les crocodiles. Je voulais voir les Africains. Depuis, j'ai l'impression que l'Afrique a fait de moi un meilleur Européen. C'est pourquoi j'y retourne régulièrement depuis si longtemps...

Avez-vous une âme africaine, maintenant?
H.M. Je le pense... J'ai l'habitude de dire que j'ai un pied dans la neige et l'autre dans le sable. Je me sens chez moi ici et là-bas.

Vous aimez donc tout de même la Suède, votre pays?
H.M. Oui. Je suis né européen et je mourrai européen, même si je passe le reste de ma vie en Afrique, car l'Europe représente mes racines, ma langue, ma conscience.

Votre but, à travers vos livres, est-il de véhiculer un message politique?
H.M. Je ne pense pas que l'on puisse écrire de la fiction si l'on a réellement l'intention de délivrer un message politique. Ce que je fais, c'est raconter des histoires. Après, chacun peut y trouver un message. Mais je préfère dire que je cherche à me concentrer sur l'importance de l'histoire. Il se trouve que celle-ci a toujours une dimension politique. C'est la voix que j'utilise. De temps en temps, j'écris aussi des essais journalistiques. C'est le plus direct des messages mais ce n'est pas la même chose.

Le roman policier est-il le meilleur moyen pour critiquer la société contemporaine?
H.M. Je ne dirai pas que c'est le meilleur moyen, car ce n'est pas le seul, mais c'est un bon moyen. Nous savons que la plupart des gens ne lisent rien d'autre que des thrillers. C'est donc un bon moyen de les atteindre. Mais le roman policier peut aussi être une forme très efficace pour raconter une histoire. Il ne faut pas oublier que la fiction criminelle est l'une des plus vieilles formes de littérature. On peut remonter à la Grèce antique: de quoi nous parle Médée? C'est une pièce de théâtre sur une femme qui assassine ses enfants par jalousie, bref un roman policier écrit il y a deux mille cinq cents ans! Cette donnée, le fait que les histoires de crimes soient parmi les plus anciennes, est l'une de mes inspirations. Manifestement, nous aimons lire ces histoires, comme il y a deux mille ans. En tant que genre, le drame, la tragédie, m'a beaucoup influencé.

Shakespeare vous a également influencé?
H.M. Et comment! J'estime que Macbeth est le crime dramatique absolu. Vous pouvez enlever Macbeth et mettre à la place le président Nixon ou quelqu'un dans ce genre. C'est toujours la même vieille histoire. Voici ce que j'essaye de faire dans mon travail, je veux dire par là que je poursuis une vieille tradition en écrivant ce genre de choses...

Vous citez souvent John le Carré parmi vos influences. Y en a-t-il d'autres?
H.M. Sur notre époque, John le Carré est très bon, oui! Sinon, en dehors des vieux auteurs grecs de l'Antiquité qui m'ont beaucoup influencé, il y a des écrivains du Nord. Josef Conrad beaucoup aussi. Et Dostoïevski, évidemment.

On vous a comparé à Simenon... A tort ou à raison?
H.M. Oui, j'ai lu Simenon. Ce qu'il a écrit est remarquable. Mais ses histoires étaient surtout concentrées sur le crime, il n'y avait rien sur la société. C'est peut-être la différence par rapport à moi. Mais naturellement, les histoires de Maigret continuent de vivre... Je suis flatté d'être parfois comparé à Simenon mais je peux aussi souligner cette différence.

Per Walhoo et Maj Sjowall furent les premiers auteurs suédois à réinventer le polar. Ont-ils compté pour vous?
H.M. Ils écrivaient dans les années 1960-1970. A cette époque, je les ai lus, bien sûr. Ils ont eu une grande influence mais ils ont eux-mêmes été influencés par d'autres. Parce que nous écrivons toujours en vivant dans une tradition. Je marche dans les pas de monsieur Simenon, qui lui-même suivait la voie ouverte par Edgar Allan Poe. Et nous descendons tous des Grecs anciens.

Quant à Ingmar Bergman, qui n'est autre que votre beau-père, son cinéma vous a-t-il inspiré?
H.M. Oui, c'est un génie. Et il compte beaucoup dans ma vie actuellement. Nous sommes devenus d'excellents amis. Nous nous voyons souvent, nous discutons beaucoup de musique ensemble. C'est une part importante du processus créatif. J'aime comme lui philosopher sur la musique, sur ces sensations qu'elle véhicule et qu'un livre ne peut pas apporter. Nous avons des discussions de ce genre, sur Bach notamment. Nous parlons essentiellement de musique classique.

Dans vos romans, vos descriptions de paysages font parfois penser à des tableaux. Vous intéressez-vous à la peinture?
H.M. Oui, surtout la peinture ancienne, le Caravage, par exemple. Mais je m'intéresse aussi à des peintres plus récents, comme Edward Hopper. Si mes paysages font penser à des tableaux, c'est parce que j'essaye d'écrire des livres que j'aimerais lire moi-même. Le climat est très important aussi. C'est la première question que l'on se pose le matin: va-t-il pleuvoir? En ce sens, le climat et les paysages ont la même fonction. Ils permettent de créer une atmosphère.

Un point commun rapproche tous vos livres: ils traitent de l'état du monde depuis la chute du Mur...
H.M. Oui, d'une certaine manière. Ce que j'ai essayé de faire, c'est utiliser le miroir du crime pour parler du monde des quinze dernières années. En ce sens, vous avez raison. Mais j'essaye aussi de parler de la relation entre la démocratie et le système judiciaire. Car c'est aujourd'hui un problème commun à toute l'Europe, que ce soit en France ou en Suède. Nous savons comment ça fonctionne et nous ne pouvons accepter cela dans une démocratie. J'entends par là ces scandales de corruption dans la police et chez les juges, ce genre de choses... Si le peuple commence à croire que la justice est corrompue, alors il perd confiance en la démocratie. C'est tout le problème. Nous devons nous battre contre cela. C'est aussi une sorte de message caché de la part de l'écrivain que je suis.

Quel est le principal problème, en Suède?
H.M. Je pense que c'est pareil en France et en Suède. Il y a trop de gens maintenus en marge de la société qui ne trouvent pas de travail, qui ne se sentent pas acceptés, qui n'ont pas les mêmes droits alors que ça devrait être le cas. C'est cela le vrai problème: la société est de plus en plus divisée, entre ceux qui possèdent et ceux qui n'ont rien. Ce problème est en liaison directe avec l'immigration, et c'est le même en France ou en Suède car ce sont des sociétés de classes. Et la cassure est de plus en plus grande.

Est-ce la perte d'innocence de votre pays que vous décrivez à travers vos romans?
H.M. On peut le voir ainsi, oui...

Comment expliquez-vous votre immense succès?
H.M. Je ne l'explique pas. [Rires] Je vais vous raconter une petite histoire... Il y a douze ans, en Suède, nous avons eu une élection pour décider s'il fallait dire oui ou non à l'Union européenne. Je marchais dans les rues de Stockholm et un homme est venu vers moi... Cet homme m'a dit: «Excusez-moi, je reconnais votre visage et je voudrais vous poser une question. Est-ce que monsieur Wallander [héros des romans de Mankell, NDLR] va voter oui ou non à l'Union européenne?» C'était une situation assez ridicule, je n'avais jamais réfléchi à cela. J'ai alors compris que la plupart des gens imaginaient Wallander comme une personne vivante, un peu comme Maigret. Mon héros peut faire des choses bien ou mal, comme vous et moi. Ce n'est pas James Bond. C'est peut-être pour cela que les gens peuvent se reconnaître en lui...

C'est un antihéros?
H.M. Oui, un antihéros.

Vous n'avez pas dit si vous aviez voté oui ou non à l'Union européenne...
H.M. Je pense que mon héros vote le contraire de ce que je vote. Je peux vous le dire maintenant: il aurait voté oui, car j'ai voté non. J'ai voté non pour une raison simple: j'étais effrayé par le fait que l'Europe assiste de moins en moins l'Afrique. Mais c'est ce que je pensais à l'époque. Aujourd'hui, j'essaye d'être aussi positif que possible vis-à-vis de l'Union européenne.

Vous avez déclaré un jour que Wallander n'aurait jamais pu devenir votre ami...
H.M. Quand les gens me demandent si Wallander c'est moi, je réponds: non. Nous avons seulement trois points communs: le même âge, l'amour de l'opéra italien et le fait que nous travaillons beaucoup. C'est tout. Il est vraiment étrange, il a mauvais caractère. Je me suis rendu compte que c'était plus facile d'écrire sur une personne que je n'aimais pas trop.

Wallander est-il un symbole, un miroir, de votre pays?
H.M. Je pense qu'il est typiquement européen. Il aurait pu être français. Il est gros, un peu lent...

Pourquoi avoir interrompu la série des Kurt Wallander après lui avoir consacré dix romans? Vous ne le supportiez plus?
H.M. C'est une question de respect, pour mes lecteurs et pour moi-même. Je ne veux pas que ça devienne une routine. J'ai préféré arrêter avant que ça devienne ennuyeux.

Vous avez donc poursuivi vos romans policiers avec Linda Wallander. Vous-même, avez-vous une fille?
H.M. Non, je n'ai que des garçons. J'aurais voulu avoir une fille mais je n'en ai pas. C'est la vie. Mais j'aime mes garçons.

Pourquoi vos héros sont-ils souvent atteints de maladie: dépression, cancer ou diabète?
H.M. Dans certains cas, ça facilite l'histoire. Si l'on prend l'exemple de Stefan Lindman [le héros du Retour du professeur de danse, NDLR], il a un cancer de la langue. C'est très rare et très dangereux. Il aurait dû en mourir et il parvient à vivre. En plus, la langue est un symbole, bien sûr.

A propos, quelles langues pratiquez-vous?
H.M. Je parle anglais et portugais, je comprends bien le français, mais en ce moment je pense surtout en portugais [langue parlée au Mozambique, NDLR]... Ça crée une confusion.

Vos personnages sont souvent dépressifs. Pourquoi?
H.M. Vous trouvez? C'est plutôt une sorte de mélancolie. Il y en a beaucoup en Europe de nos jours.

Et vous?
H.M. Personnellement, je ne suis pas mélancolique. Mais il y a beaucoup de choses qui m'ennuient dans la situation actuelle. Peut-être suis-je philosophiquement, politiquement très fatigué. Nous vivons dans un monde terrible. Je vous donne juste un exemple: en ce moment même, dix enfants meurent du paludisme. Nous avons la logistique et les médicaments pour les sauver et nous ne le faisons pas. Des enfants meurent ainsi chaque année. Cela me met en colère. Moi aussi, j'ai eu le paludisme. Mais je ne suis pas mort car je viens d'un pays riche.

C'est le sujet de votre dernier livre (publié en Suède), dans lequel vous évoquez les laboratoires pharmaceutiques?
H.M. Ce livre s'intitule Kennedys hjärna (Le cerveau de Kennedy) et sera bientôt traduit en français. Ça parle surtout du sida et de la manière dont les laboratoires testent leurs médicaments mais j'aurais aussi bien pu parler du paludisme. A propos du titre, j'ai utilisé Kennedy comme un symbole. En lisant le rapport Warren sur son assassinat, j'ai appris qu'une partie de son cerveau mitraillé avait disparu. Si le cerveau du président américain disparaît, cela veut dire que tout ce qui concerne la vérité peut disparaître. Ce cerveau était une preuve factuelle, il pouvait probablement prouver que Kennedy avait été tué par un ou deux autres tireurs et non par Lee Harvey Oswald. Le problème, c'est que nous ne le saurons jamais car une partie du cerveau a disparu.

Vous écrivez, à la fin du Retour du professeur de danse, que ce livre est bien un roman mais qu'il comporte «un certain nombre de vérités indubitables». Faites-vous allusion à l'histoire de votre pays?
H.M. Nous ne voulions pas que le nazisme revienne. Mais l'idéologie des nazis est encore vivante. Les idées des ultraconservateurs sont les idées basiques du fascisme. Nous devons nous méfier de ces gens parce qu'ils sont encore très puissants en Europe aujourd'hui, car ils fonctionnent en réseau. Je ne parle pas des skinheads et de ces petites merdes de néonazis qui n'ont aucune influence sérieuse et avec lesquels nous pouvons négocier. Je parle de ces gens silencieux qui croient encore à ces vieilles idées. Ceux-là sont très dangereux.

Pourquoi avez-vous créé votre propre maison d'édition, Leopard förlag?
H.M. J'avais le même éditeur depuis trente ans et je ne voulais plus que tout cet argent continue à passer uniquement dans les poches des riches. Il faut que les revenus des livres soient investis dans de nouveaux livres.

C'est pourquoi vous publiez des auteurs africains?
H.M. J'ai essayé de publier des livres qui ne le sont généralement pas et qui sont l'expression de cultures différentes. Qu'ils soient africains, arabes ou asiatiques. C'est mon ambition d'utiliser l'argent que je gagne pour faire connaître des auteurs du Mali, d'Algérie ou d'ailleurs car ils ne sont jamais traduits. Et c'est ce que je fais.

Selon vous, la littérature africaine est promise à un bel avenir...
H.M. Il y a quelques années, la littérature sud-américaine était très importante. Ça a complètement changé. Je pense que c'est au tour de l'Afrique de nous raconter à présent de nouvelles histoires. Une littérature qui permet de comprendre ce qu'est la vie, ce qu'est le monde. Dans les années à venir, il va y avoir un flot de livres africains, c'est ce que je souhaite sincèrement.

Votre nouveau roman, Tea-Bag, est-il un hommage au courage des femmes?
H.M. D'une certaine manière. On parle toujours des hommes qui quittent leur pays pour trouver du travail mais il y a aussi beaucoup de jeunes femmes qui arrivent en Europe, pas seulement pour se prostituer mais pour les mêmes raisons que les hommes. J'ai voulu parler d'elles. J'en ai rencontré comme celles dont je parle mais Tea-Bag, l'héroïne principale, n'existe pas vraiment.

L'un des personnages de ce roman est un écrivain.
H.M. Il n'a rien à voir avec moi... [Rires]

Ce personnage n'arrive pas à écrire de roman policier, c'est de l'autodérision?
H.M. En Suède, tout le monde sait de qui il s'agit. C'est un personnage vaniteux.

Comment écrivez-vous? Utilisez-vous un ordinateur?
H.M. Oui, mais quand j'écris une pièce de théâtre ou un scénario de film, j'écris à la main. Pour les articles et les romans, j'écris sur ordinateur.

Combien d'heures par jour?
H.M. Beaucoup.

Surtout le matin, le soir?
H.M. J'ai écrit ce matin avant de venir. J'écris aussi le soir.

Et vous écoutez de la musique en écrivant?
H.M. Non. J'écris dans le silence.

Piochez-vous des idées dans les livres? Dans les journaux?
H.M. Je peux trouver des idées dans les livres, je peux trouver des idées en observant votre photographe... Les idées viennent de partout. De ce que je vois, de ce que je ressens, de ce que je pense, de ce que je rêve...

Vous prenez des notes?
H.M. Parfois mais pas beaucoup. Je préfère compter sur ma mémoire. Si l'idée s'envole, c'est qu'elle n'était pas importante.

Suivez-vous un plan précis?
H.M. Oui. Je ne commence pas un livre sans savoir ce qu'il y aura dedans. Je connais la fin d'avance. J'ai tout dans la tête.

Y a-t-il une recette pour réussir un bon polar?
H.M. Je ne pense pas qu'il y ait un truc. Vous devez ressentir ce que vous écrivez. C'est aussi compliqué d'écrire un thriller qu'un texte de n'importe quel autre genre littéraire. C'est toujours le même problème pour écrire une bonne histoire. Et c'est ridicule d'écrire dans l'intention de faire un best-seller.

Et votre prochain livre?
H.M. C'est un thriller qui s'intitulera La Chinoise. Je me suis rendu plusieurs fois en Chine, mais je n'en dis pas plus.

On dit que vous êtes l'exportation suédoise numéro deux après Ikea...

H.M. Que voulez-vous que je dise à cela? No comment. Mais je n'ai rien contre Ikea.

Source: Par Tristan Savin (Lire), publié le 01/04/2007


Dessins de presse


Dessins de presse

dimanche 18 octobre 2015

Billets-Pourquoi le "Grand Journal" de Canal vire au fiasco


Pourquoi le "Grand Journal" de Canal vire au fiasco

Pour sa semaine de rentrée, la nouvelle formule de l'émission phare de la chaîne cryptée a connu des audiences catastrophiques. 

Une catastrophe industrielle. Voilà à quoi ressemble la nouvelle formule du "Grand Journal" de Canal +. Pour sa semaine de rentrée, l'émission phare de la chaîne cryptée a connu des audiences désastreuses. De 915 000 téléspectateurs pour la première, lundi 7 septembre, le "Grand Journal" est passé à 611 000 téléspectateurs, jeudi 10, soit la pire audience de l'émission depuis près de dix ans ! Francetv info vous explique les raisons du fiasco. 

Une émission trop lisse
Premier reproche adressé à l'émission : un ton trop lisse, policé. En témoignent les multiples commentaires négatifs publiés sur la page Facebook par des téléspectateurs qui déplorent une nouvelle formule "convenue", "insipide", "triste", "fade", "ennuyeuse"... Des critiques que comprend Aliette de Villeneuve, responsable du pôle contenus et marketing des programmes à NPA Conseil, interrogée par 20 Minutes. "Il y a un côté plutôt pesant : les interviews sont longues, le rythme est lent."

La nouvelle présentatrice, Maïtena Biraben, avait d'ailleurs elle-même revendiqué ce changement de braquet, en début de semaine, promettant un ton plus lent et "plus poli", car, à ses yeux, le "Grand Journal" était devenu "trop fragmenté". Problème : "L'émission n'est pas assez dynamique. Or, on sait que, à cette heure-là sur les autres chaînes, tout s'enchaîne, ça rigole énormément. Le public aime le piquant !" reprend Aliette de Villeneuve. 

"On reprochait beaucoup au 'Grand Journal' d'enchaîner trop vite les invités, les chroniques, etc. Mais cela permettait à l'audience de se maintenir, rappelle aussi Julien Bellver, rédacteur en chef du site Puremedias, interrogé par francetv info. A cette heure-là, les gens picorent et zappent beaucoup entre les chaînes."

Des sujets trop lourds
"Quand on regarde la courbe d'audience de l'émission, on observe qu'elle est en dents de scie, souligne également Julien Bellver. Cela signifie que les gens viennent, regardent, que l'émission ne leur plaît pas, et qu'ils s'en vont."

En cause, selon lui, des sujets "très bien faits", mais "hyper pointus". "Quand tu diffuses un sujet de cinq minutes à 19h25, tu largues tout le monde", insiste-t-il. Jérôme Ivanichtchnko, journaliste médias à Europe 1, pointe lui aussi du doigt des "reportages souvent très longs, sur des sujets très lourds, trop lourds pour un téléspectateur qui rentre d'une journée de travail".  

Journaliste pour le site Konbini, Rachid Majdoub ne dit pas autre chose : il déplore "une surdose d'information anxiogène, à l'heure où le téléspectateur préfère un programme s'apparentant davantage au 'Petit Journal' de Yann Barthès".

Des chroniqueurs trop discrets
Pour Jean-Michel Aphatie, qui a quitté l'émission au mois de juin en même temps qu'Antoine de Caunes, "le plateau est un peu faible". "Maïtena est à la hauteur de ce qu'on connaît d'elle. Elle a vraiment de la présence. Après, il manque dans l'équipe des chroniqueurs quelqu'un de vraiment fort et sérieux pour l'épauler", estime, dans un entretien à Metronews.fr, celui qui a enchaîné neuf saisons d'affilée dans le "Grand Journal".

"L'équipe a été choisie dans l'urgence et sans véritablement avoir de marge de manœuvre", raconte sur le site des Inrocks un ancien salarié de l'émission.
"Les chroniqueurs sont trop figés", abonde Aliette de Villeneuve, du cabinet NPA Conseil. "Maïtena Biraben n'a pas jugé nécessaire de s'entourer d'experts, comme Jean-Michel Aphatie ou Karim Rissouli l'an dernier, acquiesce Julien Bellver, de Puremedias. Or, avoir des chroniqueurs qui ont une vraie personnalité, qui en imposent par leur analyse, par leur humour, c'est indispensable dans ce genre d'émission."

Un goût de déjà-vu
Pour Jérôme Ivanichtchnko, d'Europe 1, l'émission a aussi "un petit goût de déjà-vu" "Le 'Grand Journal' ressemble à une déclinaison quotidienne du 'Supplément', le magazine que Maïtena Biraben présentait chaque dimanche midi jusqu'à la fin de la saison dernière." Julien Bellver, du site Puremedias, va dans son sens : "L'animatrice a changé, les chroniqueurs ont changé, mais, finalement, le concept, ça reste une animatrice, des chroniqueurs et un invité politique autour d'une table, qui débattent sur deux ou trois actualités""Mais à la base, poursuit Julien Bellver, la première grosse erreur est d'avoir gardé le même nom. Je ne comprends pas pourquoi Vincent Bolloré [le patron de la chaîne], qui a voulu tout changer, a en même temps choisi de garder cette marque. Changer de nom aurait donné un signal très fort."

Un avis que partage la sémiologue et analyste des médias Virginie Spies, interrogée par 20 Minutes : "Il aurait fallu tout changer. Là, les changements sont seulement cosmétiques. Le nom est le même. C'est une erreur incroyable !" "Le 'Grand Journal' ressemble à un vieux modèle de voiture : agréable à regarder, rodé, mais ronronnant", résume, acide, la journaliste Marie-Hélène Soenen dans Télérama.

Des invités trop peu connus
Pour Julien Thomas, journaliste médias dans le groupe Prisma, "le plus gros problème, ce sont les invités""Il y a de gros problèmes de programmation, acquiesce son confrère Julien Bellver. Mardi, ils invitent Cyprien, qui est déjà passé cent fois dans l'émission. Mercredi, ils invitent Nagui, une semaine après l'annonce du retour de 'Taratata'. Jeudi, ils invitent Jean-Vincent Placé, quinze jours après la crise chez les Verts..." Sans parler de l'ancien ministre Hervé Morin mardi, ou du député UDI Yves Jégo vendredi.

Des choix "terriblement ennuyeux en access prime-time", qui auraient plutôt leur "place en deuxième partie de soirée", renchérit Virginie Spies dans les colonnes de 20 Minutes. "Il y a quelques années, stars et politiques plébiscitaient le 'Grand Journal' pour venir faire leur promo, ce n'est plus le cas aujourd'hui", constate Rémi Jacob, journaliste à Télé 2 Semaines.

La fin des "Guignols" trop dure à amortir
Enfin, dernière explication – et pas des moindres – de ce fiasco : la suppression des "Guignols de l'info", décidée par le nouveau patron, Vincent Bolloré. L'an dernier, cette tranche de l'émission, diffusée en clair peu avant 20 heures, attirait en moyenne 1,8 million de téléspectateurs. "C'est considérable, souligne Julien Bellver. Cela signifie que les 'Guignols' assuraient 30 à 40% de l'audience du 'Grand Journal'. Ce qui permettait à l'émission d'assurer des scores relativement corrects."

Et, si la direction de Canal + a promis des "ajustements constants" pour cette nouvelle formule, Maïtena Biraben et sa bande ne pourront, quoiqu'il arrive, pas compter sur les marionnettes de cire pour redresser la barre. Peu appréciées par Vincent Bolloré, elles ne devraient revenir à l'antenne qu'au cours du mois d'octobre, à 20h50 et en crypté, sans leur mythique présentateur, PPD, remercié par le nouveau patron du groupe.

Photo: La nouvelle équipe du "Grand Journal" de Canal +, le 4 septembre 2015. (MAXPPP)
Source francetvinfo.fr