mercredi 19 juillet 2017

Recettes Tartes-Tarte aux mirabelles d’Eric Kayser


Tarte aux mirabelles d’Eric Kayser

Pour la pâte
Préparation : 10 mn
Temps de réfrigération de la pâte : 1 nuit
Pour 3 tartes
300 g de beurre ramolli
60 g de sucre en poudre
125 g de sucre glace
60 g de poudre d’amandes
5 g de sel
2 œufs entiers
500 g de farine

Pour la garniture
Préparation : 30 mn
Temps de cuisson : 35 mn
Pour 1 tarte rectangulaire de 20x30 cm
250 g de pâte sablée aux amandes
700 g de mirabelles
3 œufs entiers
245 g de sucre en poudre
80 g de poudre d’amandes
8 g de cannelle en poudre
10 cl de crème liquide
40 g de beurre fondu
30 g d’amandes effilées
Préparation de la pâte
1. Dans le bol d’un robot, malaxez le beurre en pommade. Mêlez le sucre en poudre, le sucre glace, la poudre d’amandes et le sel.
2. Incorporez les œufs un à un. Versez la farine et mélangez bien le tout.
3. Roulez la pâte en boule, enveloppez-la d’un film alimentaire et gardez-la au réfrigérateur une nuit.
Préparation de la garniture
4. Préchauffez le four à 160° C (th. 5-6).
5. Lavez et essuyez les mirabelles avec du papier absorbant puis dénoyautez-les.
6. Dans une jatte, fouettez les œufs avec le sucre en poudre. Ajoutez la poudre d’amandes, la cannelle et la crème liquide. Mélangez puis versez le beurre fondu. Mélangez à nouveau.
7. Foncez le moule avec la pâte sablée aux amandes. Répartissez les mirabelles dans le fond et versez l’appareil. Parsemez d’amandes effilées.
8. Enfournez pour 35 minutes.

Servez froid.

Conseil
Cette recette de pâte sablée vous permet de réaliser 3 tartes. Prélevez un tiers de la pâte pour faire votre tarte et filmez le reste en deux parts égales à réservez au congélateur pour une utilisation ultérieure.

Lorsque vous en avez besoin, placez la pâte congelée au réfrigérateur la veille pour la laisser décongeler en douceur. Sortez-la du réfrigérateur 15 minutes avant utilisation.

Lectures-La conjuration des imbéciles John Kennedy TOOLE


La conjuration des imbéciles John Kennedy TOOLE 

Traduit de l’américain par Jean-Pierre Carasso

(4ème de couverture)
Ecrit au début des années soixante par un jeune inconnu qui devait se suicider en 1969, à l’âge de trente-deux ans, parce qu’il se croyait un écrivain raté, La conjuration des imbéciles n’a été éditée qu’en 1980. Le plus drôle dans cette histoire, pour peu qu’on goûte l’humour noir, c’est qu’aussitôt publié, le roman a connu un immense succès outre-atlantique et s’est vu couronné en 1981 par le prestigieux prix Pulitzer. Une façon pour les Américains de démentir à retardement le pied de nez posthume que leur adressait l’écrivain, plaçant en exergue à son livre cette citation de Swift : « Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui ».

(1ere phrase :)
Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d’une tête.

(Dernière phrase :)
Saisissant la natte dans une de ses grosses pattes, il la pressa chaleureusement contre sa moustache humide.

Alors là grande classe : un livre parfait, du niveau de « Eurêka Street ».
Un livre hilarant, burlesque, poétique, désespéré, politique, mystérieux, romantique, crade, profondément original, bien écrit, bien traduit la plupart du temps, épais, dense. Bref à lire et à relire.

Voici donc la fabuleuse épopée d’Ignatius Reily, génie mégalomane de 28 ans en guerre avec la société : obèse, moustachu, fin lettré, il vit chez sa mère à la Nouvelle-Orléans, dont il n’est sorti qu’une fois pour se rendre à Baton-Rouge mais on n’est pas près de l’y reprendre, et travaille à son œuvre. Sa philosophie met en avant la théologie et la géométrie et s’inspire de l’œuvre du romain Boèce, apparemment un stoïque pour lequel toute volonté de succès est méprisable. Avec son anneau pylorique capricieux, son considérable surpoids, sa crasse, sa maladresse, sa mauvaise foi, son égoïsme et son combat anti-social, Ignatius est rejeté de toute part, mais il n’en a cure. Seule sa mère qui subvient à ses besoins, et Myrna Minkoff son amoureuse platonique rencontrée à l’université, entretiennent des relations avec lui.

Jusqu’au jour où à la suite de complications financières, la mère d’Ignatius le contraint à aller chercher du travail. S’en suit une avalanche de catastrophes et de fiascos, aux pantalons Levy dans un premier temps, puis au Paradise Vendors de Mr Clyde (magnat de la Francfort), parsemés de combats politiques houleux tels que la croisade pour la fierté des Maures ou l’avènement de la paix universelle par la réservation de la carrière militaire aux seuls homosexuels. Ignatius profite de ses déboires pour alimenter son journal d’un jeune travailleur, très susceptible d’être adapté au cinéma et de clouer le bec à l’arrogante Myrna Minkoff. Toujours est-il que de déboires en cataclysmes, Ignatius se met dans de si sales draps que seule l’apparition in extremis de Myrna Minkoff permet de le sauver des infirmiers envoyés par sa mère pour l’interner : Ah l’amour…

Pour le burlesque et la galerie de personnages (Mr Jones, Lana Lee, Mr et Mrs Levy, Gonzalez, Mrs Trixie, Darlena, Mr Clyde, Mr Greene, etc…), on dirait du Pennac en plus profond, avec de la densité psychologique en dépit de figures parfaitement farfelues. Là-dessus Ignatius est un génie dont la culture et le vocabulaire sont vastes, et la peinture de l’Amérique des années 60 est à la fois originale et cruelle (l’obsession des « communisses », l’agent de police Mancuso désespérément à la recherche d’un suspect, les noirs et l’esclavage moderne, le « bouligne »…). Ignatius entretient une relation étonnante avec la télé et le cinéma : il se délecte du mauvais goût et de la vulgarité des programmes et ne les raterait pour rien au monde, tant il a plaisir à détester ce spectacle. De même, quand il est particulièrement satisfait d’un de ses écrits, il le qualifie de « commercial ». Une des qualités de ce livre et de ses personnages est ainsi de laisser de la place aux paradoxes et aux contradictions. C’est de là que vient l’épaisseur.


L’épaisseur peut-être aussi vient de ce que l’associabilité d’Ignatius est sans doute en partie celle de l’auteur, qui s’est suicidé à 32 ans quelques années après avoir écrit ce livre, se croyant apparemment un écrivain raté. Peut-être tout simplement qu’il avait tout mis dans un seul livre.

Lectures-Le dernier camp de la mort


Le dernier camp de la mort

« Le dernier camp de la mort » se fonde sur une documentation abondante. Les auteurs étudient le camp de Neuengamme, ainsi que l’histoire du Cap Arcona et la tragédie de ces hommes qui y ont péri.

Grands connaisseurs de la Seconde Guerre mondiale, à laquelle ils ont consacré de nombreux livres, Pierre Vallaud et Mathilde Aycard publient une étude sur un drame méconnu du conflit : la tragédie du Cap Arcona (3 mai 1945) qui coûta la vie à plus de 7 000 personnes. Tous les ingrédients tragiques de cette guerre sont réunis pour en faire un moment particulièrement douloureux. Le paquebot est coulé par erreur par la RAF dans les eaux de la Baltique, entraînant avec lui ses passagers qui sont des anciens détenus de camp.

Tout commence avec le camp de concentration de Neuengamme qui voit passer 100 000 détenus et qui totalise 60 000 morts. C’est l’un des camps où la mortalité est la plus forte, de par les mauvais traitements, les épidémies et les expériences médicales qui y sont menées. Nombreux sont les opposants politiques et les ennemis du Reich nazi à y avoir été envoyés. Le camp est situé à proximité de Hambourg, non loin de la baie de Lübeck.

Le 30 avril 1945, Hitler se suicide dans son bunker.
Les marches de la mort
La guerre ne s’arrête pas pour autant et les derniers fanatiques du régime continuent de se battre. Les armées soviétiques approchent, Berlin est pris le 2 mai. À l’ouest, ce sont les Alliés qui avancent également. La vie des camps aurait pu s’arrêter là, sauf que les SS décident d’éliminer les derniers prisonniers et de détruire les traces de ces lieux de mort. C’est ce qui se produit avec les internés de Neuengamme qui sont envoyés dans des marches forcées, les fameuses marches de la mort, où beaucoup périrent.

Les derniers prisonniers sont regroupés par les SS dans l’ancien paquebot de luxe le Cap Arcona qui mouillait en baie de Lübeck. Celui-ci a été le fleuron de la marine allemande dans les années 1920, ayant vogué dans l’Atlantique et transporté à son bord des passagers illustres. C’est l’un des plus gros paquebots de l’époque, supérieur au Titanic. 7 000 personnes sont donc regroupées dans le bateau.

Le 3 mai, une escadrille de la Royal Air Force passe dans le ciel de la baie et bombarde le navire, sans doute mal renseignée par la nature réelle du bateau et ignorante du fait que des prisonniers y ont été entassés. Le navire coule en quelques minutes. Ceux qui arrivent à en réchapper et à rejoindre la côte sont fusillés par les SS ; certains sont malgré tout récupérés par des navires anglais.

Le dernier camp de la mort se fonde sur une documentation abondante. Les auteurs étudient le camp de Neuengamme, ainsi que l’histoire du Cap Arcona et la tragédie de ces hommes qui y ont péri. Du fait de la coupure de l’Allemagne et du bombardement par la RAF, cette tragédie était restée assez méconnue. Avec ce livre richement documenté, les morts sortent de l’oubli.

  • Pierre Vallaud et Mathilde Aycard, Le dernier camp de la mort : La tragédie du Cap Arcona, 3 mai 1945, Tallandier, janvier 2017, 297 pages.

Source contrepoints.org
Par Jean-Baptiste Noé.


Jean-Baptiste Noé est historien et écrivain. Il est rédacteur pour la revue de géopolitique Conflits et chroniqueur à l'Opinion.

Lectures-La tache Philip Roth


La tache Philip Roth
Traduit de l’américain par Josée Kamoun

(4ème de couverture)
A la veille de la retraite, un professeur de lettres classiques, accusé d’avoir tenu des propos racistes  envers ses étudiants, préfère démissionner plutôt que de livrer le secret qui pourrait l’innocenter.

Tandis que l’affaire Lewinski défraie les chroniques bien-pensantes, Nathan Zuckerman ouvre le dossier de son voisin Coleman Silk et découvre derrière la vie très rangée de l’ancien doyen un passé inouï, celui d’un homme qui s’est littéralement réinventé, et un présent non moins ravageur : sa liaison avec la sensuelle Faunia, femme de ménage et vachère de trente-quatre ans, prétendument illettrée, et talonnée par un ex-mari vétéran du Vietnam obsédé par la vengeance et le meurtre.

Après Pastorale américaine et J’ai épousé un communiste, La tache, roman brutal et subtil, complète la trilogie de Philip Roth sur l’identité de l’individu dans les grands bouleversements de l’Amérique de l’après-guerre, où tout est équivoque et rien n’est sans mélange, car la tache « est en chacun, inhérente, à demeure, constitutive, elle qui préexiste à la désobéissance, qui englobe la désobéissance, défie toute explication, toute compréhension. C’est pourquoi laver cette souillure n’est qu’une plaisanterie de barbare et le fantasme de pureté terrifiant ».

Le « Théâtre de Sabbath » à valu à Philip Roth en 1995 le National Book Award, qu’il avait déjà obtenu en 1960 pour son premier livre « Goodbye, Colombus ». Il a reçu à deux reprises le Nationel Book Critics Circle Award, en 1987 pour « La contrevie » et en 1992 pour « Patrimoine ». Ses romans « Opérations Shylock » et « La tache » ont été récompensés par le PEN Faulkner Award. « Pastorale américaine » a été couronné par le prix Pulitzer et, en France, a reçu le Prix du meilleur livre étranger. Tous les livres de Philip Roth sont traduits aux Editions Gallimard.

(1ere phrase :)
A l’été 1998, mon voisin, Coleman Silk, retraité depuis deux ans, après une carrière à l’université d’Athena où il avait enseigné les lettres classiques pendant une vingtaine d’années puis occupé le poste de doyen les seize années suivantes, m’a confié qu’à l’âge de soixante et onze ans il vivait une liaison avec une femme  de ménage de l’université qui n’en avait que trente-quatre.

(Dernière phrase :)
Il est rare qu’en cette fin de siècle la vie offre une vision aussi pure et paisible que celle d’un homme solitaire, assis sur un seau, pêchant à travers quarante-cinq centimètres de glace, sur un lac qui roule indéfiniment ses eaux, au sommet d’une montagne arcadienne, en Amérique.

Avec La tache, qui débute en pleine affaire Lewinsky, Philip Roth dresse une satire féroce des mœurs américaines. Un roman ébouriffant.

Il n'y a que deux sortes de lecteurs de Philip Roth: ceux qui l'adorent et ceux qui ne l'ont pas lu. La Tache est un roman qui ravira les premiers et ouvrira aux seconds les portes de la littérature. Philip Roth confirme ce que l'on supposait: il est un écrivain hors norme, plus puissant, plus libre, plus proche de la vie à chacun de ses livres. Quel romancier est capable d'une telle vitalité? En dévorant La Tache, satire au vitriol des mœurs américaines, on songe à la légende que Philip Roth a laissé construire à son propre sujet depuis trente-cinq ans: il serait cauteleux, misanthrope, un rien dépressif et détesterait par-dessus tout ces curieux qui viennent lui parler de ce qu'il a mis tant d'années à écrire.

Problématiques millénaires. Il ne faut rien dévoiler de la stupéfiante machination que Coleman Silk, le héros de ce roman, met en place pour devenir quelqu'un d'autre, pour changer de vie, pour changer de peau. Cet universitaire respecté nous ressemble comme un frère. Excessif et mystérieux, prêt à tout pour démentir le destin, rebelle à l'ordre social, il butera pourtant sur l'irréductible bêtise de son époque: accusé par deux de ses étudiants d'avoir tenu des propos racistes, puis accusé de harcèlement sexuel sur la personne d'une charmante femme de ménage qui se définit elle-même comme une «petite salope toute gamine déjà», le respectable Coleman Silk doit démissionner. Brisé, il raconte alors sa vie à un écrivain maudit, un certain Nathan Zuckerman... Philip Roth acquiesce lorsqu'on lui demande si Zuckerman est bien son double littéraire: «C'est un artifice, je le reconnais, il est présent dans beaucoup de mes romans comme un élément indispensable pour faire accoucher les personnages principaux de leur part de vérité.» Autre artifice, l'alternance parfaitement maîtrisée du comique le plus déluré et de la tragédie la plus sombre. Philip Roth n'écrit pas des romans à thèse, et pourtant il invite à la réflexion en rendant furieusement contemporaines des problématiques millénaires. Changer de vie, est-ce trahir? Roth reconnaît bien volontiers que le premier romancier du monde fit de cette interrogation la trame du premier vrai roman de l'histoire de la littérature: Homère, dans « L'Iliade », ne raconte pas autre chose que cette tentative désespérée de déjouer la courbe du destin.

Et ce n'est évidemment pas par hasard que Coleman Silk enseigne la tragédie grecque à des étudiants américains gavés de feuilletons policiers et de films porno. Roth sème les allusions mythologiques tout au long du récit de la chute de cet homme prêt à défier les dieux pour s'accomplir malgré eux.

Mais ce n'est pas pour parler d'hier que Philip Roth lance le lecteur dans ce fulgurant labyrinthe. «Je sortais de Pastorale américaine, qui traite de la guerre du Vietnam, puis de J'ai épousé un communiste, qui parle du maccarthysme; je me suis demandé si j'étais capable d'écrire quelque chose de sensé sur une période qui n'était pas encore historique, sur la période que je vivais. Or nous étions en 1998...» Et 1998, aux Etats-Unis, n'est pas une année comme les autres. Voici comment Philip Roth la fait entrer dans l'Histoire: «En Amérique en général, ce fut l'été du marathon de la tartuferie: le spectre du terrorisme, qui avait remplacé celui du communisme comme menace majeure sur la sécurité du pays, laissait la place au spectre de la turlute; un président des Etats-Unis, quinquagénaire plein de verdeur, et une de ses employées, une drôlesse de 21 ans folle de lui, batifolant dans le Bureau ovale comme deux ados dans un parking, avaient rallumé la plus vieille passion fédératrice de l'Amérique, son plaisir le plus dangereux, le plus subversif historiquement: le vertige de l'indignation hypocrite.»

L'Amérique face à ses démons. C'est donc sur fond d'affaire Lewinsky que débute ce roman ébouriffant. «Monica Lewinsky a révélé davantage sur l'Amérique que quiconque depuis Dos Passos et son éblouissante trilogie U.S.A.», explique Roth sans plaisanter. La volonté de pureté et son terrible cortège d'ombres, voilà le cœur de ce livre drôle et impitoyable. Roth n'hésite pas à mettre l'Amérique face à ses démons. Ultime pirouette de la part de ce maître du roman noir, le rôle du procureur est tenu par... une Française! Delphine Roux est le double inversé de Coleman Silk: alors que ce dernier a osé la plus dangereuse des métamorphoses pour changer sa vie, la petite normalienne étriquée a remisé bien sagement son ambition dans le carcan que lui tendait la société et croit s'être affranchie du déterminisme parce qu'elle a traversé l'Atlantique. C'est elle qui fera régner sur les campus l'esprit de pureté, cet esprit assainissant qui prétend purger le monde de sa crasse. «Mais la crasse est innée, martèle Roth. Nous sommes la crasse. Nous ne sommes pas que cela, mais nous sommes aussi cela. Ces pulsions de pureté sont démentes, non?»


La Tache, c'est bien sûr la souillure humaine, ancrée en chacun de nous et qu'il nous revient de combattre si nous voulons prétendre à un semblant de liberté. C'est aussi cette trace blanchâtre laissée par le liquide présidentiel sur la robe d'une stagiaire voilà quatre ans et qui déclencha chez les Américains une exubérante volonté de purification. Le parallèle, symbolique, n'est que trop évident. Il fournit son meilleur roman à un Philip Roth goguenard et fier du bon tour qu'il vient de jouer à son pays.

Lectures-L’espoir a-t-il un avenir ?


L’espoir a-t-il un avenir ?
  
Une investigation philosophique de la notion d’espoir pour désamorcer le sentiment décliniste signée Monique Altan et Roger-Pol Droit.

L’ouvrage de Monique Atlan et de Roger-Pol Droit est un Ovni dans l’actualité littéraire, au sens premier du terme. Leur objet d’étude, l’espoir, est un « papillon difficile à épingler » parce qu’il est un sentiment si communément partagé qu’il en devient comme trop évident, et par suite difficilement identifiable, nécessitant une mise au clair. Par ailleurs, en abordant le problème politique du pessimisme du point de vue de l’espoir, indépendamment de tout positionnement idéologique, les deux auteurs survolent les essais politiques. Ces derniers foisonnent à proportion que se développe le sentiment décliniste, comme pour remédier au vide de projection en proposant les uns et les autres des projets prétendument galvaniseurs. Il s’agit plus profondément d’une investigation philosophique de la notion d’espoir elle-même pour désamorcer au fondement même le sentiment décliniste, qui surgit d’une crise de notre rapport au temps. De cette manière, ils rétablissent les conditions pour redessiner une ligne d’horizon commune, sans jamais la dessiner effectivement.

L’espoir éclipsé
L’espoir est un phénomène proprement humain, et à ce titre, il est infiniment complexe, mêlant sentiments et raison. Il n’est pas réductible à l’attente passive et crédule en des jours meilleurs. Au contraire, l’espoir se nourrit de la réflexion sur le temps, à la fois sur le passé comme « champ d’expériences » vécues, et sur l’avenir comme « horizon d’attentes ». En ce sens, la notion de progrès joue un rôle déterminant dans la construction de l’espoir comme sentiment. Il est un horizon collectif qui se cultive. Comme l’a bien formulé Étienne Klein, « l’idée de progrès a une anagramme qui la résume en partie : le degré d’espoir ».

Notre période est traversée par une crise de l’espoir, qui provient en partie d’un manque de recul sur celui-ci, menant à deux excès : l’abandon de l’espoir, ou au contraire l’enfermement dans une crédulité naïve. Selon la formule de Bergson, « l’homme ne peut pas exercer sa faculté de penser sans se représenter un avenir incertain, qui éveille sa crainte et son espérance ». Or l’espoir est intimement lié au jugement que nous portons sur l’avenir, comme l’a si bien montré Descartes dans Les passions de l’âme. L’espoir bascule vite dans la crainte, voire même dans le désespoir, lorsque nous nous représentons la probabilité que nos désirs se réalisent comme faible.

Dans cette perspective, l’abandon de l’espoir est un refuge contre la déception des attentes non abouties. François Hartog, dans son livre Régimes d’historicité, présentisme et expériences du temps, montre bien cette éclipse de l’espoir dans des sociétés traversées par l’incertitude, la valorisation de l’instant présent seul à notre portée, conduisant in fine à une apathie politique par manque de projection, ou par la mort de l’idéalisme : en somme, un cercle vicieux de dépolitisation des sociétés. En devenant un tabou, l’espoir est abandonné aux religions, lesquelles offrent un horizon d’attente au-delà du politique. L’enjeu est donc de refonder l’espoir collectif comme sentiment au cœur de la politique, dans la vie d’ici-bas. Car « si l’espoir politique est grippé, l’espoir individuel, lui, résiste en secret ». Telle est l’image de l’éclipse : « ce qui est éclipsé n’est pas anéanti mais seulement voilé »

Une archéologie de l’espoir, contre l’optimisme crédule
L’investigation philosophique menée par Monique Atlan et Roger-Pol Droit est d’abord une investigation historique, du fait même que l’espoir est « un drôle de papillon difficile à épingler ». Il n’est pas possible de le figer conceptuellement, au moyen d’une réflexion abstraite de l’expérience. La tâche consiste à dresser un vaste panorama du rapport des sociétés au temps, pour montrer que toutes n’ont pas cultivé de la même manière l’espoir comme sentiment : qu’apprend-t-on dans le mythe de Pandore sur l’espoir ? Que nous enseigne Platon ? Épicure ? Qu’est-ce que la foi chrétienne offre comme perspective ? Quelle a pu être l’influence des Grandes découvertes sur notre rapport au temps ? En quoi la Révolution française a-t-elle fait basculer radicalement l’espoir dans la sphère politique ? Pourquoi en sommes-nous arrivés à ce degré de nihilisme, à cette méfiance envers l’avenir ?

Cette mise à distance doit permettre de saisir que la perte d’espoir n’est pas une fatalité, mais elle est la conséquence d’un abandon philosophique, et du refuge dans le « présentisme » ou dans son excès inverse, l’optimisme crédule et passif. L’ouvrage se situe dans la continuité des travaux d’Ernst Bloch sur l’Utopie : il s’agit de se rendre d’abord maître de l’espoir pour en faire le socle d’un projet collectif. La force de l’ouvrage consiste à ne rien proposer de concret, mais seulement à préconiser plus de recul sur les ressorts d’un sentiment au fondement même de la politique.


Source contrepoints.org

Lectures-L’obsession gaulliste, d’Éric Brunet


L’obsession gaulliste, d’Éric Brunet

L’obsession gaulliste de la droite la rend dépendante des idées de la gauche et de l’économiquement correct. Le rejet des riches et du libéralisme sont les preuves de cette soumission à un héritage encombrant.

Pourquoi le gaullisme est-il devenu la référence suprême de toutes les personnalités politiques ? De Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen, en passant par François Bayrou, tous, presque sans exception, se réclament du Général. Dans un brillant essai, Éric Brunet explique les dangers de cette vénération injustifiée et ses dangers pour la France.

En 1959, Jean-François Revel publiait un pamphlet intitulé Le style du général dans lequel il dénonçait les dérives autoritaires de la Ve République débutante ainsi que les limites de l’admiration œcuménique dont faisait l’objet de Gaulle de la part de la droite française et d’une partie de la population. Bien entendu, sa critique ne concernait pas la période de la guerre et de l’Occupation. De Gaulle se voulait l’incarnation d’une « certaine idée de la France » — formule creuse reprise aujourd’hui à tout-va —, ainsi que le sauveur de toute une nation. Il a brillamment su profiter des moyens de communication de masse et a compris l’importance de l’appel direct à la population.

Il a aussi manié avec perfection les phrases vagues et énigmatiques, une sorte de langue de bois à l’usage des personnalités autoritaires. Toute cette panoplie de l’art de la communication a été mise au service d’une politique catastrophique sur le plan international et avec des lourdes conséquences sur le plan intérieur. À l’extérieur, il n’a pas saisi (comme l’avaient fait les Anglais dès 1945) les mouvements de libération nationale qui secouaient les pays colonisés.
De Gaulle contre l’Amérique
Son fameux « Je vous ai compris » n’est finalement qu’une phrase débouchant sur une guerre sanglante aux conséquences dramatiques tant pour les Pieds-Noirs que pour les Algériens. De même, le Général a complètement sous-estimé le totalitarisme communiste, son essor en Indochine, en préférant l’anti-américanisme et l’anti-atlantisme de circonstance.

Sur le plan interne, il a mis en place les dérives présidentielles de la Ve République avec sa Constitution qui fonctionne seulement quand elle est… « violée ». Le double exécutif – caractéristique française parmi les pays riches et démocratiques – fait du chef du gouvernement tantôt le valet du Président, tantôt son ennemi si par malheur il appartient à l’opposition. Ce qui fait du Président une personne intouchable, et de l’Assemblée une simple caisse de résonance qui n’a aucun mot à dire sur le budget de l’État par exemple.

Alors, comment se fait-il que le gaullisme soit devenu aujourd’hui la référence suprême de toutes les personnalités politiques ? De Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen, en passant par François Bayrou, tous, sans exception, se réclament du Général. Sans oublier les intellectuels, de Zemmour à Natacha Polony. C’est la question que se pose le journaliste Éric Brunet dans son brillant essai intitulé L’obsession gaulliste (Albin Michel, 2016).
« Je suis Charles », semblent dire tous nos politiques.
L’alliance gaullo-communiste
D’abord, Éric Brunet rappelle les tares du gaullisme, ou plutôt du gaullo-communisme car tout est parti de la fameuse alliance entre de Gaulle et les communistes de la résistance, incarnés par le CNR (Conseil national de la résistance). Dès 1943, De Gaulle déclare : « On réfléchit sur les causes de la guerre qui sont à chercher au-delà d’Hitler, du côté de la crise de 1929, de la dépression et de la faillite du libéralisme. » Les communistes (les Soviétiques) ont vite compris qu’ils pouvaient faire du Général leur meilleur allié.

Ce fut donc l’entrée de cinq ministres communistes dans le premier gouvernement libre et les débuts de la mise en place de l’État-providence par deux mesures symboliques : la Sécurité sociale et le paritarisme, ainsi que la création de l’ENA. La première, pour donner des gages de financement aux syndicats communistes ; la seconde pour la mise en place d’une catégorie de hauts fonctionnaires qui assurera la pérennité de l’interventionnisme étatique en France.
Par la suite, la droite française deviendra de plus en plus gaulliste en privilégiant les mesures étatiques (Jacques Chirac en constitue un excellent exemple) en ayant peur de réformer. Cette obsession gaulliste la rend dépendante des idées de la gauche et de l’économiquement correct. Le rejet des riches et du libéralisme sont les preuves de cette soumission à un héritage encombrant.

Jamais la droite n’a eu le courage de tuer le père en assumant une vraie politique de droite. Elle a préféré le consensus mou et l’inaction. Sa crainte de réformer relève de la « non-assistance à France en danger », écrit avec raison Éric Brunet. Malheureusement, les références au gaullisme sont quotidiennes ces temps-ci. L’auteur craint une nouvelle période d’étatisme, certes tempéré, mais toujours destructeur.

  • Eric Brunet, L’obsession gaulliste, Albin Michel, 2016, 275 pages.

Source contrepoints.org
Par Nicolas Lecaussin.


Directeur du développement de l’IREF, Nicolas Lecaussin est diplômé de Sciences-po Paris, ancien président de l’iFRAP (Institut Français de Recherche sur les Administrations Publiques), fondateur de Entrepreneur Junior et auteur de plusieurs ouvrages sur le capitalisme, l’État et les politiques publiques. Dernier livre publié : "L’obsession antilibérale française".

mardi 18 juillet 2017

dimanche 16 juillet 2017

Arts : Street art-Dran

Dran



Je vous présente, si vous ne le connaissez pas encore, le street artiste toulousain Dran, membre du DMV crew ! L’humour noir est sa marque de fabrique qu’il vient étaler aussi bien sur murs que sur toiles le tout allié à une technique maîtrisée, faussement simple…










Arts: Street art-Alexandre Orion

Alexandre Orion

 

Armé d’un seul chiffon, le graffeur brésilien Alexandre Orion tague en les nettoyant les murs noircis de pollution des tunnels  de Sao Paulo.

Dans le cadre de son projet « Art Less Pollution », l’artiste compose ainsi un tag en négatif, par soustraction et non par addition de matière.

Son masque facial n’est pas ici destiné à le protéger des émanations de peinture mais plutôt des gaz d’échappement.

Parfois considéré comme une nuisance, le graffiti apparaît alors comme un acte positif, visant à s’approprier la ville en la revalorisant et non en la dégradant, nous invitant aussi à réfléchir sur les méfaits de la pollution urbaine.








Arts: Street art-Alexandre Farto-Vhils

Alexandre Farto-Vhils


Au lieu de peindre avec de la peinture ou du matériel pour graffeur, cet artiste s'attaque plutôt à la couche épaisse de peinture des murs pour l'enlever et créer de fantastiques portraits.

On doit ces réalisations street art du plus bel effet à l'artiste portugais établit à Londres Alexandre Farto, plus connu sous le nom de Vhils. A l'inverse des artistes "street art" habituels, il soustrait la couche de peinture des façades pour créer des sortes de pochoirs où se dessinent les traits de ses personnages. Bluffant ! 








 


 



Arts: Street art-Escif

Escif



Privilégier la qualité à la quantité, un leitmotiv qu'on ne saurait appliquer au processus créatif d'Escif, l'un des artistes les plus prolifiques de sa génération. A 28 ans, cet artiste espagnol a déjà signé de nombreuses fresques à travers le globe, chacune d'elle unique tant par la forme que par le fond.

Le style comme la conséquence d'une idée, tel est la description donnée par l'artiste de ses œuvres dont le tracé précis donne naissance à des héros anonymes vecteurs de révolution et de changement social. Loin de livrer des créations purement décoratives,  Escif a pour mission principale d'éveiller les consciences. L'artiste se sert alors de ses réflexions sur l'état de la société pour transmettre un message à la rue. La construction de ce discours atypique, l'artiste la débute par une ébauche et l'achève en parfaite improvisation une fois livré au pied du mur.

Les œuvres de l'artiste se caractérisent par la finesse de leur exécution et la force du choix de leurs couleurs variant selon le lieu et la thématique illustrée. La peinture acrylique vient alors s'apposer à un mur dont la texture fait partie intégrante de l'œuvre, l'artiste souhaitant composer avec l'endroit dans son état brut. 

Le minimalisme apparaît également dans l'utilisation avec parcimonie voire l'absence de mots pour décrire une fresque. Un choix pleinement délibéré par l'artiste souhaitant provoquer un questionnement chez le spectateur. En se raccrochant à des symboles et aux quelques accroches laissées par Escif, le passant se crée alors sa propre histoire.  

Passé du graffiti à une forme contemporaine de peinture murale, l'artiste a su évoluer avec son temps tout comme l'éventail des sujets évoqués au sein de ses œuvres. A l'aide d'un coup de pinceau révolutionnaire, Escif dénonce les travers de la société sans jamais en dire trop, une manière habile d'alerter nos consciences trop souvent endormies.