mercredi 23 août 2017

Lectures Philip Roth-Exit le fantôme


Philip Roth

Exit le fantôme

Traduit de l’américain par Marie-Claire Pasquier

(4ème de couverture)
Après onze ans de réclusion volontaire dans la campagne du Massachusetts, Zuckerman remet les pieds à New York, pour une intervention bénigne mais qui le renvoie à sa déchéance physique.

Dans la ville accablée par la réélection inattendue de George W. Bush, trois rencontres vont bouleverser ses plans : Amy Bellette, vieillie et presque mourante, elle qui, dans l’éclat de sa jeunesse, fut la muse de E. I. Lonoff, son mentor ; Richard Kliman, jeune arriviste insupportable qui le harcèle parce qu’il veut révéler les secrets de Lounoff ; et puis, surtout, un jeune couple d’écrivain avec qui il envisage un échange de maisons.

Et voilà Zuckerman, qui se croyait immunisé, en proie à un ultime coup de foudre. Pour Jamie, la très charmante jeune femme du couple. Va-t-il passer à l’acte ? Ou se servir de ce dernier amour pour écrire encore – traduire dans une fiction les fantasmes qu’il lui inspire ?

Le « Théâtre de Sabbath » à valu à Philip Roth en 1995 le National Book Award, qu’il avait déjà obtenu en 1960 pour son premier livre « Goodbye, Colombus ». Il a reçu à deux reprises le Nationel Book Critics Circle Award, en 1987 pour « La contrevie » et en 1992 pour « Patrimoine ». Le prix Pulitzer et, en France, le prix du Meilleur Livre étranger ont couronné « Pastorale américaine ». Le PEN Faulkner Award a récompensé les romans « Opération Shylock », « Un homme » et « La tache », qui a été également distingué par le prix Médicis étranger 2002. Entre autres récompenses, « Le complot contre l’Amérique » a été consacré meilleur livre de l’année par la New York Times Book Review. Le PEN Nabokov Award 2006 et le PEN Saul Bellow Award 2007 ont récompensé le romancier pour l’ensemble de son œuvre. Tous les livres de Philip Toth sont traduits aux Editions Gallimard.

(1ere phrase :)

Je n’étais pas retourné à New York depuis onze ans.

(Dernière phrase :)
Elle est en route pour venir, et il s’en va. Parti pour de bon.

326 pages – Editions Gallimard 2007 (2009 pour la traduction française)

(Aide mémoire perso :)

Dans ce nouvel opus qui met en scène les affres de Nathan Zuckerman, son personnage fétiche et accessoirement son double puisque dans la vie qu’il invente (?) Nathan est écrivain, Philip Roth installe son livre juste à la veille de la réélection de Georges W. Bush en 2004. Nathan Zuckerman a 71 ans, il est usé, un peu malade et de passage à New York pour des examens médicaux après plusieurs années en dehors du monde des villes, presque loin, dans le Massachusetts, où il vit de plus en plus difficilement l’écriture de son œuvre, mais surtout sa santé déclinante de vieil homme.



Là, confronté aux bruits de la ville, à sa frénésie, il en retrouve peut-être le goût. Celui des envies, de l’observation, des joutes verbales, de la réflexion, des souvenirs et… des femmes, bien sûr. C’est en effet au contact de Jamie, la trentaine, mariée, que Zuckerman voit ses sens aujourd’hui inexistants retrouver de l’appétit. Contraint physiquement à une relation platonique, il fantasme ses dialogues avec elle, puisant dans son âme d’écrivain qui ne se refait pas, l’inspiration. En éveil, il côtoie aussi son passé en la personne d’Amy, une rencontre de jeunesse, elle qui fut la compagne de E.I. Lonoff, l’écrivain que tout jeune homme Zuckerman vénérait. Il rencontre également Kliman, un homme par trop envahissant qui veut écrire une biographie de Lonoff pour y révéler son terrible secret. Un personnage dans lequel le narrateur se voit sûrement un peu lorsqu’il était plus jeune.



Philip Roth mêle dans « Exit le fantôme » ses angoisses d’homme en déchéance physique, son interrogation quant à une œuvre qui se perpétue dans l’Histoire, cet air contrit qu’il arbore quand il décortique si bien l’Amérique avec son regard impitoyable, les amours déchues, le sexe en berne… Et puis bizarrement, autant ce qui pourrait rebuter (le livre débute par une description minutieuse et médicale des inaptitudes physiques de Zuckermann) m’a touché, autant les dédales menant à l’amour contrarié pour Jamie ou ces rencontres avec Amy et Kliman m’ont laissé un peu de marbre. Ces dialogues que Zuckermann réinventent avec Jamie m’ont semblé si fades. On se dit que, peut-être, nous sommes là dans l’essence de la vie qui s’achève, dans l’extrême dénuement des mots qui ne mentent plus et que cette fadeur est la compréhension de nous mêmes. Un brin de sagesse ? On s’ennuie un peu en lisant ce livre, au final.

Lectures Philip Roth-La bête qui meurt



Philip Roth

La bête qui meurt

Traduit de l’américain par Josée Kamoun

(4ème de couverture)
« Un nu aux seins opulents, légèrement évasés, pour lequel elle aurait pu poser elle-même. Un nu aux yeux clos, défendu comme elle par sa seule puissance érotique et, comme elle, à la fois primaire et élégant. Un nu mordoré mystérieusement endormi sur un gouffre noir velouté que, dans mon humeur du moment, j’associais à celui de la tombe. Fuselée, ondulante, elle t’attend, la jeune fille, immobile et muette comme la mort. »

A l’orée de la vieillesse, David Kepesh, esthète attaché à la liberté et séducteur exigeant, rencontre parmi ses étudiantes Consuela Castillo, vingt-quatre ans, fille de riches émigrés cubains, « émerveillée » par la culture. Et découvre la dépendance sexuelle…

C’est le roman d’un envoûtement dans une Amérique bien loin des joyeuses bacchanales des années soixante, chères au Professeur de désir… Et au tournant du millénaire, cet alter ego de l’auteur, naguère héros du Sein, est confronté non seulement à son propre vieillissement mais aussi à la mort qui rôde en chacun de nous.

Après La tâche, Philip Roth nous offre à la fois un précis amoureux, une radiographie de notre temps et une méditation sur la condition humaine. Un nouveau chef-d’œuvre, d’une perfection lapidaire.

Le « Théâtre de Sabbath » à valu à Philip Roth en 1995 le National Book Award, qu’il avait déjà obtenu en 1960 pour son premier livre « Goodbye, Colombus ». Il a reçu à deux reprises le Nationel Book Critics Circle Award, en 1987 pour « La contrevie » et en 1992 pour « Patrimoine ». Le prix Pulitzer et, en France, le prix du Meilleur Livre étranger ont couronné « Pastorale américaine ». Le PEN Faulkner Award a récompensé les romans « Opération Shylock » et « La tache », qui a été également distingué par le prix Médicis étranger 2002. Tous les livres de Philip Toth sont traduits aux Editions Gallimard.

(1ere phrase :)
Je l’ai connue il y a huit ans ; elle suivait mes cours.

(Dernière phrase :)
« Réfléchis. Réfléchis bien. Si ru y vas, tu es foutu. »

137 pages – Editions Gallimard 2001 (2004 pour la traduction française)

(Aide mémoire perso :)
A 62 ans, David Kepesh se sent vieillir... Il est cette bête qui meurt inexorablement... Chaque année le rapproche de la fin, cette fin inévitable, cette damnation humaine. Comme chaque année, ce coureur invétéré, brillant intellectuel Professeur d'Université, séduit une de ses étudiantes, une jeune femme de 24 ans, Consuela Castillo. Cet homme vieillissant va succomber à une passion crépusculaire, il va vouer un véritable culte à cette jeune femme éclatante de santé, cette véritable déesse à la poitrine lourde, parfaite, aux hanches larges... Il ira jusqu'à se prosterner devant elle pour contempler et déguster son flux menstruel, comme s'il s'agissait du plus sacré des nectars... Il va connaître les affres de la jalousie, la peur de la perdre, alors qu'il ne s'est jamais vraiment attaché à ses conquêtes féminines... Mais une telle passion destructrice ne peut durer éternellement... les deux amants vont se perdre de vue... jusqu'à ce que Consuela fasse irruption à nouveau dans la vie de David, huit ans plus tard... Consuela qui est devenue à son tour une bête qui meurt...

C'est sous l'effet de cet ébranlement que David se confie à un de ses amis, dans ce long récit, ce long monologue. Il se livre sans fard, parfois très crûment, sans omettre les détails les plus intimes ou les plus scabreux. La construction du roman est très savante, comme toujours chez Philip Roth. On suit le cheminement parfois sinueux de la pensée de David Kepesh...

L'atmosphère de ce roman est particulièrement étouffante, oppressante. Nous sommes les témoins indiscrets de cette confession intime, le récit ému d'un homme qui a vécu la révolution sexuelle des années soixante comme une libération.

On ne peut qu'identifier le personnage de David Kepesh à l'auteur... Philip Roth lui aussi arrive au crépuscule de sa vie. Il prend conscience qu'il devient à son tour une bête qui meurt. On ne peut s'empêcher de sentir une profonde gravité dans cette œuvre. L'auteur développe des thèmes qu'il avait déjà évoqués dans La tache : la vieillesse, la maladie, le passage du temps, les tortures de la mémoire... et le couple bien sûr.

La fin de ce court roman est particulièrement profonde. Philip Roth prend la parole à travers son personnage pour nous livrer sa vision de la société. Une vision particulièrement pessimiste du monde, ce monde qui succombe chaque jour un peu plus au vulgaire et à l'abêtissement de masse. Philip Roth s'affirme plus que jamais en écrivain du temps présent, qui traite de thèmes actuels.

La bête qui meurt n'est peut-être pas le roman le plus réussi de philip Roth, mais il s'agit certainement de l'une de ses œuvres les plus profondes. Le style est étincelant ; certaines formules lyriques sont délicieuses ; le texte fait réfléchir. Un court roman à lire absolument.

Lectures Philip Roth-Pastorale américaine 



Philip Roth

Pastorale américaine

Traduit de l’américain par Josée Kamoun

(4ème de couverture)
Après trente-six ans, Zukerman l’écrivain retrouve Seymour Levov dit « le Suédois », l’athléte fétiche de son lycée de Newark.Toujours aussi splendide, Levov l’invincible, le généreux, l’idole des années de guerre, le petit-fils d’immigrés juifs est devenu un Américain plus vrai que nature.

Le Suédois a réussi sa vie, faisant prospérer la ganterie paternelle, épousant la très irlandaise Miss New jersey 1949, régnant loin de la ville sur une vieille demeure de pierre encadrée d’érables centenaires: la pastorale américaine.

Mais la photo est incomplète. Hors champ, il y a Merry, la fille rebelle, et, avec elle surgit, dans cet enclos idyllique, le spectre d’une autre Amérique en pleine convulsion, celle des années soixante, de sainte Angela Davis, des rues de Newark à feu et à sang…

Passant de l’imprécation au lyrisme, du détail au panorama, sans jamais se départir d’un fond de dérision, le dernier roman de Philip Roth est une somme qui, dans son ambiguïté vertgineuse, restitue l’épaisseur de la vie et les cicatrices intimes de l’Histoire.

Le précédent roman de Philip Roth, « Le Théâtre de Sabbath », lui a valu en 1995 le National Book Award, qu’il avait déjà obtenu en 1960 pour son premier roman « Goodbye, Colombus ». Il a reçu à deux reprises le National Book Critics Circle Award, en 1987 pour « La contrevie » et en 1992 pour « Patrimoine ». Son roman « Opération Shylock » a été récompensé par le PEN Faulkner Award. « Pastorale américaine » vient d’être couronné par le prix Pulitzer. Tous les livres de Philip Roth sont traduits aux Editions Gallimard.

(1ere phrase :)
Le Suédois. Pendant la guerre, quand j’étais dans les petites classes, c’était un nom magique dans notre quartier de Newark, y compris pour les adultes dont les parents avaient grandi dans le vieux ghetto de Prince Street, et dont l’américanisation n’était pas parachevée au point qu’ils se pâment devant les prouesses d’un athlète de lycée.

(Dernière phrase :)
Et qu’est-ce qu’on lui reproche, à leur vie ? Qu’on nous dise ce qu’il y a de moins répréhensible que la vie des Levov !

432 pages – Editions Gallimard 1997 (1999 pour la traduction française)

(Aide mémoire perso :)
Il y aurait une façon assez simple de parler de « Pastorale Américaine ». Elle se résumerait à peu près à ceci : voici présentée la lente déchéance d'une famille accablée par l'acte meurtrier -et renouvelé- de sa fille, isolée très tôt par un handicap (un bégaiement peut-être dû au flot de mots qu'elle s'était très jeune déjà appropriés). Ce n'est pourtant pas la bonne. On ne peut réduire une œuvre dont l'ambition est aussi clairement affirmée (les façades, qu'elles soient sociales ou d'ordre intime, finissent toujours par se lézarder) à quelques formules lapidaires. Car Philip Roth est un maître de l'illusion (Pastorale américaine, où comment un pays, l'Amérique, a amené une partie de ses enfants au ravage par l'échec programmé de leur contestation -celle de la guerre du Vietnam). Il entretient un rapport avec la réalité et la fiction sans équivalent dans les lettres (Don DeLillo le talonne, et Russell Banks n'est pas très loin non plus). Dans une époque gavée de sciences dites humaines, pervertie par l'illusion que tout le monde pense pouvoir décrypter l'autre, un auteur élève la voix et hisse son œuvre à des sommets : "Pourtant, comment s'y rendre dans cette affaire si importante -les autres- qui se vide de toute la signification que nous lui supposons et sombre dans le ridicule, tant nous sommes mal équipés pour nous représenter le fonctionnement intérieur d'autrui et ses mobiles cachés ?".

Car on ne ressort pas indemne d'une lecture telle : "du chaos de a à z". De ces vies gâchées, celles de petits soldats d'infortune ayant combattu les mains vides. De ces cœurs déchirés affrontant les grandes réalités politiques, cyniques -ces dernières ne souffrant pas, sinon d'indigestion. De cette vision d'une société "libérale" où les conflits culturels et politiques, conséquence de la non-intégration de millions de personnes au courant dominant, à sa langue et à son passé politique, ont conduit certains de ses membres à commettre le pire, et à ne jamais en revenir. Elle laissera ces êtres meurtris, seuls : ainsi, la femme de Seymour Levov, dit le Suédois, après la folie commise par leur fille, s'offre un lifting pour ne plus "être obligée de lire dans son miroir les archives de (sa) douleur".

Et pourtant, a priori, rien ne pouvait venir troubler cette famille juive (deux identités inséparables pour Philip Roth, l'une imprimant sa forme à l'autre, et vice versa), modèle de bonne tenue, et dont le père, le Suédois donc, aimait son pays comme "une seconde peau". Rien, si ce n'est qu'elle sera trahie par lui. C'est le revers de la médaille, celui du rêve promis à tous, mais dont le cauchemar n'est pas si éloigné. Car tout a un prix en Amérique, ce territoire où l'énergie implacable condense toutes les ambitions mises à nu.

L'enquête de Philip Roth est menée sur des vestiges. Ce sont ceux de la mémoire. Son roman est celui de la séparation. Il recompose le destin d'une famille aux portes de l'enfer : la menace qui pèse sur elle ne peut entretenir d'autre illusion que celle qui la pousse déjà au désespoir. Tout avait commencé "par l'absurdité des circonstances... Et lorsque ça arrive, le bonheur n'est plus jamais spontané. Il devient artificiel, et même tel quel, s'achète au prix d'une aliénation opiniâtre de soi et de sa propre histoire".

Une fois le livre refermé, l'envoûtement perdure. Il procure également cette impression, rare, de vouloir s'y replonger. Ce n'est pas le moindre de ses mérites. L'intelligence qu'il dispense est l'un des visages de la liberté.

Lectures-Philip Roth Un Homme



Philip Roth

Un Homme


Traduit de l’américain par Josée Kamoun

(4ème de couverture)
Un homme. Un homme parmi d’autres. Le destin du personnage de Philip Roth est retracé depuis sa première et terrible confrontation avec la mort sur les plages idylliques de son enfance jusque dans son vieil âge, quand le déchire la vision de la déchéance de ses contemporains et que ses propres maux physiques l’accablent. Entre-temps, publicitaire à succès dans une agence à New York, il aura connu épreuves familiales et satisfactions professionnelles.

D’un premier mariage, il a eu deux fils qui le méprisent et, d’un second, une fille qui l’adore. Il est le frère bien-aimé d’un homme sympathique dont la santé vigoureuse lui inspire amertume et envie, et l’ex mari de trois femmes très différentes, qu’il a entraînées dans des mariages chaotiques. En fin de compte, c’est un homme qui est devenu ce qu’il ne voulait pas être.

Ce roman puissant – le vingt-septième de Roth – prend pour territoire le corps humain. Il a pour sujet l’expérience qui nous est commune et nous terrifie tous.

Le « Théâtre de Sabbath » à valu à Philip Roth en 1995 le National Book Award, qu’il avait déjà obtenu en 1960 pour son premier livre « Goodbye, Colombus ». Il a reçu à deux reprises le Nationel Book Critics Circle Award, en 1987 pour « La contrevie » et en 1992 pour « Patrimoine ». Le prix Pulitzer et, en France, le prix du Meilleur Livre étranger ont couronné « Pastorale américaine ». Le PEN Faulkner Award a récompensé les romans « Opération Shylock », « Un homme » et « La tache », qui a été également distingué par le prix Médicis étranger 2002. Entre autres récompenses, « Le complot contre l’Amérique » a été consacré meilleur livre de l’année par la New York Times Book Review. Tous les livres de Philip Toth sont traduits aux Editions Gallimard.

(1ere phrase :)
Autour de la tombe, dans le cimetière délabré, il y avait d’anciens collègues de l’agence de publicité new-yorkaise, qui rappelèrent son énergie et son originalité et dirent à sa fille, Nancy, tout le plaisir qu’ils avaient eu à travailler avec lui.

(Dernière phrase :)
Arrêt cardiaque. Il n’était plus. Affranchi de l’être, entré dans le nulle part, sans même en avoir conscience. Comme il le craignait depuis le début.
152 pages – Editions Gallimard 2006 (2007 pour la traduction française)

(Aide mémoire perso :)
Une tombe, fraîchement ouverte, avec autour la famille éparpillée, les amis et quelques connaissances du défunt, dans un cimetière de Newark, au bout d'un aéroport, bercé par la rumeur incessante d'une autoroute urbaine.

La longue scène d'ouverture du roman de Philip Roth nous précipite d'entrée vers le gouffre de nos fins dernières, lorsque les processionnaires, tête baissée, en sont réduits, égarés dans leur chagrin et leurs noires pensées, à prononcer quelques mots en tentant de juguler leur émotion.

Le livre s'achèvera sur un lit d'hôpital où la mort prendra le relais d'une anesthésie générale, réclamée par le « patient » à l'approche d'une nouvelle opération qui semblait, au regard des précédentes, plutôt banale.

Entre ces deux instants que l'écrivain, par un procédé d'habile conteur, a éloignés, aura défilé une vie, ramassée en 150 pages. La réussite sociale d'un New-Yorkais aisé qui, l'âge venu, affronte, incrédule et résigné, la déchéance physique et mène, en solitaire désenchanté, les batailles de la vieillesse.

Philip Roth s'attarde dans ce cimetière et restitue la lugubre et insoutenable emprise d'un enterrement. Surtout lorsqu'il obéit au rite de la religion juive qui prescrit que les proches du mort doivent combler la fosse.

« Puis Howie s'approcha cérémonieusement de la tombe, demeura un instant pensif, et, inclinant légèrement l'outil vers le bas, il laissa glisser la terre, lentement. Le bruit qu'elle fit en heurtant le couvercle de bois du cercueil est un bruit qui s'enfonce en vous comme aucun autre. »

L'homme qui repose dans ce coin d'Amérique, issu d'une famille de juifs d'Europe centrale, aura bien et mal vécu : petit-fils et fils de joaillier, devenu publicitaire à succès, marié trois fois, avec deux fils qui en veulent à ce père indigne, et une fille, plus jeune, aimante et protectrice.

Les trois veuves, que ce deuil réunit, rassemblent l'existence désordonnée de ce contemporain, faillible. Avant que la mort qui s'est annoncée par divers signes ne vienne lui présenter l'amère addition.

Peu à peu, le héros de Philip Roth découvre, parfois lancinants, parfois soudains comme une attaque, les affaissements de son corps, les trahisons intimes de l'organisme, la litanie des maladies à colmater. Et la liste des amis qui tombent comme des feuilles mortes. Il jalouse même son frère aîné, non pour le prestige de sa position sociale, mais pour sa santé de fer qui déjoue les atteintes du temps.
Des maîtresses, des rejetons, des relations, un grand frère tutélaire, une carrière intéressante, une réussite matérielle et un désastre familial : le bilan de ce retraité qui a fui New York, après le 11 septembre pour se réfugier sur la côte Est, face aux plages de son enfance, se résume désormais, dans sa solitude affective, à l'histoire de son déclin physique, à la sidération de sentir son corps, lui aussi, l'abandonner. Ses forces morales autant que physiques le lâchent, alors qu'il avait traversé l'existence armé de cette devise : « Tenir bon et prendre la vie comme elle vient. »
Ce bref roman est un précis de décomposition. Depuis plusieurs années, l'univers romanesque de Philip Roth est hanté par le spectre de la déliquescence qu'il traite parfois avec ironie. Cette fois, la gravité l'emporte. Il décrit admirablement combien, passé un certain âge qui coïncide avec la fin de l'activité, l'oppression de la douleur physique peut tourner à l'obsession.

Combien cette soumission à l'état incertain du corps devient une aliénation. Combien la mémoire sape le moral. Perclus de souvenirs, bons ou mauvais, la vie s'achève, dans l'impuissance, entre regrets et remords, avec un pathétique besoin de réconfort que rien ne parvient vraiment à rassasier.

Le héros de Philip Roth ressemble fort à l'individu occidental de ce début de XXIe siècle. D'ailleurs, il ne porte pas de nom. Il est « un homme ». Tous les hommes.

Lectures Philip Roth-La tache

Philip Roth

La tache

Traduit de l’américain par Josée Kamoun

(4ème de couverture)
A la veille de la retraite, un professeur de lettres classiques, accusé d’avoir tenu des propos racistes envers ses étudiants, préfère démissionner plutôt que de livrer le secret qui pourrait l’innocenter.

Tandis que l’affaire Lewinski défraie les chroniques bien-pensantes, Nathan Zuckerman ouvre le dossier de son voisin Coleman Silk et découvre derrière la vie très rangée de l’ancien doyen un passé inouï, celui d’un homme qui s’est littéralement réinventé, et un présent non moins ravageur : sa liaison avec la sensuelle Faunia, femme de ménage et vachère de trente-quatre ans, prétendument illettrée, et talonnée par un ex-mari vétéran du Vietnam obsédé par la vengeance et le meurtre.

Après Pastorale américaine et J’ai épousé un communiste, La tache, roman brutal et subtil, complète la trilogie de Philip Roth sur l’identité de l’individu dans les grands bouleversements de l’Amérique de l’après-guerre, où tout est équivoque et rien n’est sans mélange, car la tache « est en chacun, inhérente, à demeure, constitutive, elle qui préexiste à la désobéissance, qui englobe la désobéissance, défie toute explication, toute compréhension. C’est pourquoi laver cette souillure n’est qu’une plaisanterie de barbare et le fantasme de pureté terrifiant ».

Le « Théâtre de Sabbath » à valu à Philip Roth en 1995 le National Book Award, qu’il avait déjà obtenu en 1960 pour son premier livre « Goodbye, Colombus ». Il a reçu à deux reprises le Nationel Book Critics Circle Award, en 1987 pour « La contrevie » et en 1992 pour « Patrimoine ». Ses romans « Opérations Shylock » et « La tache » ont été récompensés par le PEN Faulkner Award. « Pastorale américaine » a été couronné par le prix Pulitzer et, en France, a reçu le Prix du meilleur livre étranger. Tous les livres de Philip Roth sont traduits aux Editions Gallimard.

(1ere phrase :)
A l’été 1998, mon voisin, Coleman Silk, retraité depuis deux ans, après une carrière à l’université d’Athena où il avait enseigné les lettres classiques pendant une vingtaine d’années puis occupé le poste de doyen les seize années suivantes, m’a confié qu’à l’âge de soixante et onze ans il vivait une liaison avec une femme de ménage de l’université qui n’en avait que trente-quatre.

(Dernière phrase :)
Il est rare qu’en cette fin de siècle la vie offre une vision aussi pure et paisible que celle d’un homme solitaire, assis sur un seau, pêchant à travers quarante-cinq centimètres de glace, sur un lac qui roule indéfiniment ses eaux, au sommet d’une montagne arcadienne, en Amérique.
441 pages – Editions Gallimard 2000 (2002 pour la traduction française)

(Aide mémoire perso :)
Avec La tache, qui débute en pleine affaire Lewinsky, Philip Roth dresse une satire féroce des mœurs américaines. Un roman ébouriffant

Il n'y a que deux sortes de lecteurs de Philip Roth: ceux qui l'adorent et ceux qui ne l'ont pas lu. La Tache est un roman qui ravira les premiers et ouvrira aux seconds les portes de la littérature. Philip Roth confirme ce que l'on supposait: il est un écrivain hors norme, plus puissant, plus libre, plus proche de la vie à chacun de ses livres. Quel romancier est capable d'une telle vitalité? En dévorant La Tache, satire au vitriol des mœurs américaines, on songe à la légende que Philip Roth a laissé construire à son propre sujet depuis trente-cinq ans: il serait cauteleux, misanthrope, un rien dépressif et détesterait par-dessus tout ces curieux qui viennent lui parler de ce qu'il a mis tant d'années à écrire.

Problématiques millénaires. Il ne faut rien dévoiler de la stupéfiante machination que Coleman Silk, le héros de ce roman, met en place pour devenir quelqu'un d'autre, pour changer de vie, pour changer de peau. Cet universitaire respecté nous ressemble comme un frère. Excessif et mystérieux, prêt à tout pour démentir le destin, rebelle à l'ordre social, il butera pourtant sur l'irréductible bêtise de son époque: accusé par deux de ses étudiants d'avoir tenu des propos racistes, puis accusé de harcèlement sexuel sur la personne d'une charmante femme de ménage qui se définit elle-même comme une «petite salope toute gamine déjà», le respectable Coleman Silk doit démissionner. Brisé, il raconte alors sa vie à un écrivain maudit, un certain Nathan Zuckerman... Philip Roth acquiesce lorsqu'on lui demande si Zuckerman est bien son double littéraire: «C'est un artifice, je le reconnais, il est présent dans beaucoup de mes romans comme un élément indispensable pour faire accoucher les personnages principaux de leur part de vérité.» Autre artifice, l'alternance parfaitement maîtrisée du comique le plus déluré et de la tragédie la plus sombre. Philip Roth n'écrit pas des romans à thèse, et pourtant il invite à la réflexion en rendant furieusement contemporaines des problématiques millénaires. Changer de vie, est-ce trahir? Roth reconnaît bien volontiers que le premier romancier du monde fit de cette interrogation la trame du premier vrai roman de l'histoire de la littérature: Homère, dans « L'Iliade », ne raconte pas autre chose que cette tentative désespérée de déjouer la courbe du destin.

Et ce n'est évidemment pas par hasard que Coleman Silk enseigne la tragédie grecque à des étudiants américains gavés de feuilletons policiers et de films porno. Roth sème les allusions mythologiques tout au long du récit de la chute de cet homme prêt à défier les dieux pour s'accomplir malgré eux.

Mais ce n'est pas pour parler d'hier que Philip Roth lance le lecteur dans ce fulgurant labyrinthe. «Je sortais de Pastorale américaine, qui traite de la guerre du Vietnam, puis de J'ai épousé un communiste, qui parle du maccarthysme; je me suis demandé si j'étais capable d'écrire quelque chose de sensé sur une période qui n'était pas encore historique, sur la période que je vivais. Or nous étions en 1998...» Et 1998, aux Etats-Unis, n'est pas une année comme les autres. Voici comment Philip Roth la fait entrer dans l'Histoire: «En Amérique en général, ce fut l'été du marathon de la tartuferie: le spectre du terrorisme, qui avait remplacé celui du communisme comme menace majeure sur la sécurité du pays, laissait la place au spectre de la turlute; un président des Etats-Unis, quinquagénaire plein de verdeur, et une de ses employées, une drôlesse de 21 ans folle de lui, batifolant dans le Bureau ovale comme deux ados dans un parking, avaient rallumé la plus vieille passion fédératrice de l'Amérique, son plaisir le plus dangereux, le plus subversif historiquement: le vertige de l'indignation hypocrite.»

L'Amérique face à ses démons. C'est donc sur fond d'affaire Lewinsky que débute ce roman ébouriffant. «Monica Lewinsky a révélé davantage sur l'Amérique que quiconque depuis Dos Passos et son éblouissante trilogie U.S.A.», explique Roth sans plaisanter. La volonté de pureté et son terrible cortège d'ombres, voilà le cœur de ce livre drôle et impitoyable. Roth n'hésite pas à mettre l'Amérique face à ses démons. Ultime pirouette de la part de ce maître du roman noir, le rôle du procureur est tenu par... une Française! Delphine Roux est le double inversé de Coleman Silk: alors que ce dernier a osé la plus dangereuse des métamorphoses pour changer sa vie, la petite normalienne étriquée a remisé bien sagement son ambition dans le carcan que lui tendait la société et croit s'être affranchie du déterminisme parce qu'elle a traversé l'Atlantique. C'est elle qui fera régner sur les campus l'esprit de pureté, cet esprit assainissant qui prétend purger le monde de sa crasse. «Mais la crasse est innée, martèle Roth. Nous sommes la crasse. Nous ne sommes pas que cela, mais nous sommes aussi cela. Ces pulsions de pureté sont démentes, non?»

La Tache, c'est bien sûr la souillure humaine, ancrée en chacun de nous et qu'il nous revient de combattre si nous voulons prétendre à un semblant de liberté. C'est aussi cette trace blanchâtre laissée par le liquide présidentiel sur la robe d'une stagiaire voilà quatre ans et qui déclencha chez les Américains une exubérante volonté de purification. Le parallèle, symbolique, n'est que trop évident. Il fournit son meilleur roman à un Philip Roth goguenard et fier du bon tour qu'il vient de jouer à son pays.

mardi 22 août 2017

Recettes: Marocaines-Lait d'amandes


Lait d’amandes


Préparation : 15 mn
Cuisson : sans
Macération : 1 heure
Pour 1 litre de lait d’amandes
500 g d’amandes mondées
200 g de sucre
2 cuillerées d’eau de fleur d’oranger
1. Passez les amandes au robot avec la moitié du sucre, sans faire fonctionner l’appareil trop longtemps pour que les amandes ne tournent pas en huile. Mettez la poudre grossièrement obtenue dans une jatte, pilez-la encore un peu pour qu’elle soit bien fine.
2. Faites fondre le reste du sucre dans 1 litre d’eau. Versez dans la jatte et laissez macérer 1 heure au frais.
3. Filtrez le contenue de la jatte dans une passoire tapissée d’une gaze, en pressant avec un pilon ou une cuillerée en bois. Ajoutez l’eau de fleur d’oranger.
4. Servez glacé.

Recettes Marocaines-Crêpes aux mille trous


Crêpes aux mille trous
Préparation : 5 mn
Repos : 2 heures
Cuisson : 2 à 3 mn
Pour 7 à 8 crêpes
200 g de farine
200 g de semoule
1 sachet de levure de boulanger lyophilisée
½ cuillerée à café de sel
1 cuillerée à soupe d’huile
Pour servir
Beurre
Miel
Cannelle en poudre
1. Mélangez tous les ingrédients, sauf l’huile, versez environ 60 cl d’eau tiède et remuez pour obtenir une pâte fluide comme une pâte à crêpes. Couvrez et laissez reposez 2 heures au chaud.
2. Faites chauffer une poêle à revêtement antiadhésif de 20 cm. Huilez-la légèrement. Versez une louche de pâte, en tournant la poêle pour l’étaler, et faites cuire 2 à 3 minutes à feu doux : des petits trous doivent se former à la surface. Faites cuire ainsi toutes les crêpes, d’un seul côté, et laissez-les refroidir sur un linge, sans les empiler.
3. Badigeonnez-les de beurre et de miel, poudrez de cannelle et servez aussitôt.

Recettes Marocaines-Lentilles à l’ail (Adess batoum)



Lentilles à l’ail (Adess batoum)

Préparation : 25 mn
Cuisson : 40 mn
Pour 6 personnes
250 g de lentilles vertes
1 oignon
4 gousses d’ail
25 cl d’eau
2 feuilles de laurier
1 cuillerée à café de cumin
1 cuillerée à café de paprika
1 piment (facultatif)
2 cuillerées à soupe d’huile
1 cuillerée à café de sel
1. Epluchez l’oignon et coupez-le en lamelles très fines ; épluchez et écrasez l’ail à l’aide d’un pilon.
2. Dans une marmite, mettez l’eau, l’huile, les feuilles de laurier et le sel. Portez à ébullition puis ajoutez les lentilles, les lamelles d’oignon, l’ail écrasé et les épices ainsi que le piment, si vous aimez les plats relevés. Baissez le feu et laissez cuire 40 minutes environ.
3. Il faut que les lentilles soient bien cuites et que la sauce ait réduit. Servez chaud ou froid.

Au Maroc, on adore les lentilles pour ses bienfaits nutritifs. C’est une tradition d’en manger avec de la viande, boucanée ou pas.